[23] Histoire des Perses, t. Ier, p. 16.
Quant à Afryts, il se montre en rapport très direct avec « afer » et « Africa ». M. de Gobineau décrit ces « Afryts » d’après le Vendidad. « Cette créature odieuse, dit-il[24], apparaît dans une stature qui dépasse la mesure commune du corps humain ; elle a les dents longues et saillantes. Plus tard, on a dit que ses oreilles étaient grandes et détachées de la tête ; c’est pourquoi on lui a donné le titre « d’oreilles d’éléphant ». Le portrait du nègre est complet et la ressemblance absolue. » Je ne sais si la ressemblance avec le nègre est aussi absolue que le dit M. de Gobineau. Mais ce qui est plus sérieux, c’est que les fouilles de Mésopotamie ont mis à jour des types fantastiques dans lesquels il est facile de reconnaître des noirs. Le prognatisme accentué, la hauteur de la taille et surtout les cheveux crépus des êtres figurés sur ces documents, ne peuvent laisser aucun doute.
[24] Op. cit., tome I, page 18.
M. de Gobineau possédait dans son cabinet une quantité de cylindres d’hématite, de cornalines, d’intailles et de gemmes où sont figurés ces premiers habitants de l’Iran. Sur toutes ces œuvres d’art, M. de Gobineau n’hésite pas à reconnaître des spécimens de la race noire, ainsi que sur les abraxas gnostiques du Bas Empire hellénique et sur les peintures des manuscrits persans du XIVe et du XVe siècle, où les premiers ennemis des Iraniens sont figurés avec toutes les caractéristiques de la race nègre actuelle. Un détail singulier nous confirme dans cette manière de voir : ces noubys sont toujours représentés les jambes pliées, les bras avancés, les mains pendantes, dans l’attitude bestiale de la danse africaine. Quelle émotion de retrouver sur ces vieux documents de la protohistoire les gestes et les attitudes des hommes d’aujourd’hui, de ceux que nous voyons et observons tous les jours !
Il s’en faut de beaucoup que ces premiers habitants des plateaux de la Perse aient été exterminés par les Iraniens conquérants. Ils se mêlèrent au contraire aux envahisseurs et nous devons considérer ces noirs comme un facteur essentiel de notre race aryenne telle qu’elle devint dans la suite des âges, après tous les mélanges qui en altérèrent la primitive pureté.
NOTE II ([page 12]).
Ce qui caractérise une race, c’est l’existence d’une littérature empreinte d’une physionomie particulière, répondant à la nature intime, aux aspirations, à l’idéal des hommes qui la composent. Il est difficile de trouver chez les nègres une littérature à proprement parler. Notons pourtant que, dans tous les récits, toutes les chansons, tous les poèmes que l’on peut recueillir dans les pays noirs, on constate un caractère littéraire qui fait de ces récits, de ces chansons et de ces poèmes, un monument poétique auquel n’a manqué que l’écriture pour le perpétuer et le divulguer. Une observation curieuse que nous avons faite plusieurs fois en pays baya et en pays yanghéré est que les indigènes ont une langue littéraire différente de leur langue ordinaire parlée. Les poésies bayas, kakas et yanghérés sont souvent très difficiles à comprendre à cause des altérations qu’y subit le langage courant de la vie quotidienne. Pour rendre le rythme harmonieux, des élisions sont permises ; des monosyllabes, préfixes, suffixes, interjections purement euphoniques, se glissent dans la syntaxe des phrases.
Des répétitions de mots, l’emploi de vocables inusités dans la conversation, contribuent encore à donner à ces productions primitives un caractère nettement littéraire, le caractère d’une poésie non écrite, mais astreinte pourtant à des règles, répondant à une esthétique. Mon père a fait en Grèce une observation analogue. « Il y a une langue littéraire parlée, dit-il[25], elle est littéraire parce qu’elle ne sert pas à la conversation, et n’est usitée que dans les productions littéraires du peuple, contes, chansons, etc. ; peu importe que cette littérature soit orale ou écrite. J’ai observé à Pyrgi le fait suivant : des individus qui, dans la vie ordinaire, parlaient le pur pyrgousain et qui paraissaient ignorer tout autre patois, dès qu’ils se mettaient à me dire un conte ou une chanson, changeaient immédiatement de langue et cela d’une façon inconsciente…
[25] Jean Psichari, Essais de grammaire historique néo-grecque, 2 vol., Paris, 1889, t. II, p. 149.
» Il semblait s’être établi une langue spéciale pour le récit, une langue consacrée au même titre que cette langue littéraire. Elle était néanmoins populaire puisqu’elle était destinée au peuple et venait du peuple. »