Les dunes ne fournissent point d’argument en faveur de cette hypothèse, car elles sont visiblement composées des détritus de toutes les roches qui affleurent, détritus charriés et accumulés par le vent. Quant à leur mobilité, il est vrai qu’une tempête ne peut pas déplacer des dunes en une fois, mais il y a des dunes qui marchent : on en a la preuve à Tripoli même. Elles envahissent là-bas le côté ouest de l’oasis, et bien des palmiers encore vivants sont aujourd’hui ensevelis jusqu’à moitié de leur hauteur. Naturellement, il faut pour cela un certain nombre d’années. L’existence d’endroits habités et de routes au milieu de l’Erg ne prouve pas plus en faveur de l’immobilité des dunes, que l’existence des ports ne démontre l’immuabilité des rivages. Le rapport de mon voyage à l’oued Mihero fournit plusieurs exemples de dunes amoncelées par le vent derrière de hautes parois, dans une contrée d’où les dunes sont généralement absentes : leur localisation serait inexplicable sans l’action du vent. Ce qui ne veut pas dire que toutes les dunes changent de position ; il est, au contraire, vraisemblable que les dunes situées dans des dépressions entourées de terrains plus élevés sont destinées à garder leur volume et leur emplacement, tant que dureront les conditions météorologiques actuelles.


APPENDICE II


SUR LE CARACTÈRE DÉSERTIQUE DE L’AÏR

(Lettre du Dr de Bary au Professeur Ascherson[224].)


Adjiro, le 11 avril 1877.

Me voyant à Ghât forcé de rester inactif, car même aux portes de la ville, on n’était pas en sûreté contre les Hoggar, je me suis décidé à gagner l’Aïr avec la caravane des Kel-Ouï, pour comparer la flore de ce pays avec celle du pays des Touareg du Nord. Et bien qu’on m’ait accueilli ici d’une façon qui n’était rien moins qu’amicale, et qu’on me traite presque en prisonnier, je ne regrette pas les fatigues et les dangers, puisque j’ai pu arriver à quelques résultats positifs.

Le mot de Barth, qui appelle l’Aïr « les Alpes du Sahara », en a donné peut-être une idée trop grandiose.