Parmi les arbrisseaux, l’abesgui (Salvadora persica L.) mérite la première place. Sa riche et fraîche verdure dédommage de la déplorable nudité des arbres. Dans la vallée d’Iferouane l’abesgui forme d’épais bosquets, entre lesquels le brombach (Calotropis procera R. Br.) pousse avec une telle vigueur, que les Touareg de la caravane ont dû s’ouvrir un chemin à coups de sabre.

Le talha et le sedra prennent aussi la forme buissonnante, et sont répandus dans toutes les vallées, même les plus sèches, tandis que le Salvadora persica se voit surtout près des villages ou au pied des montagnes, là où l’on trouve de l’eau à une faible profondeur.

Les oueds, dont le lit est toujours rempli de sable granitique, se reconnaissent de loin, grâce aux chaumes jaunâtres de l’afezo[231] qui les recouvre sur de longues distances, et y crée un ruban de couleur claire, au milieu duquel le gommier élève de loin en loin sa couronne de branches desséchées.

Le pays est si pauvre en herbes nourrissantes, que les chèvres vivent surtout des folioles du talha et de l’adjar. Les femmes esclaves, qui dans l’Aïr ont la garde des troupeaux, possèdent toutes une gaule d’environ 7 mètres de long, munie à son extrémité d’un crochet d’environ 15 centimètres. Cet instrument leur sert à saisir les branches et à faire tomber les feuilles et les rameaux destinés aux chèvres rassemblées au pied de l’arbre.

Ceci peut donner une idée du caractère saharien de la végétation de ces vallées.

La grande majorité des plantes sont hérissées d’épines ou couvertes de poils ; les plantes à suc laiteux (Calotropis procera, etc.) font exception.

D’autres, comme l’abesgui et le tadomet, sont abritées contre la sécheresse par leurs feuilles parcheminées semblables à du cuir. Nulle part je n’ai trouvé de représentants de formes tropicales, et leur absence est significative, à une si faible distance du Soudan.

Les gorges du Baghzen, qui se transforment en torrents au moment des pluies, renferment des espèces rares, qu’on chercherait vainement dans les vallées. C’est ainsi qu’une Stapelia à fleurs d’un rouge sombre[232] croît fréquemment entre les hauts blocs de granite, et surprend le voyageur par sa forme de cactus, qui contraste si fort avec les autres plantes de l’Aïr. Deux arbrisseaux, dont l’un, à en juger par les fruits, se rattache aux acacias, et l’autre aux célastrinées, manquent également à la plaine.

Je crois que ces raisons vous sembleront suffisantes pour attribuer avec moi cette flore de l’Aïr à la zone du Sahara. En suivant le versant sud-est de l’Ahaggar, j’ai trouvé les vallées garnies des mêmes plantes, et je suis persuadé que la flore de l’Ahaggar présentera une complète analogie avec celle de l’Aïr, tout comme la faune.

Mais on ne sait presque rien de cette flore hoggar, car il est bien rare de rencontrer quelqu’un qui ait vu de ses yeux le massif central de l’Atakor. Ceux mêmes qui ont été chez les Hoggar ont suivi les chemins de caravanes, qui évitent ces montagnes, et ils n’en connaissent par conséquent que la périphérie.