Hipparchvs. Ie te le confesse.

Socrates. Or, affin que nous enflions vng peu nostre langage, et que nous vsions de termes elegants et remplis de sapience, comme veulent faire ceulx qui deffendent les causes en iugement, dy moy qui est celluy qui, en matieres de plantes ou arbres, congnoist en quelle region, en quel lieu et en quel temps il les fault commodement planter ?

Hipparchvs. Ie pense que ce soit le laboureur.

Socrates. Dy moy aussi : penses tu que ce soit tout vne chose, c’est assçauoir estre digne de quelcque gaing et estimer qu’il faille gaigner ?

Hipparchvs. Ie le pense ainsi que tu le proposes.

Socrates. Ne tasche poinct de me decepuoir sur ma vieillesse en me respondant par vne ferueur de ieunesse tout au contraire de ce que tu sens, mais responds moy à la verité. Tiens tu celluy pour laboureur qui pretend auoir gaing sur vne plante qu’il sçait et congnoist indigne totalement d’estre plantée ?

Hipparchvs. Non, par le grand dieu Iuppiter.

Socrates. D’aduantage si quelcque homme d’armes congnoist que le foing qu’il donne ordinairement à son cheual ne vault rien, cuydes tu qu’il ignore que le cheual ne s’en aille perdu ?

Hipparchvs. Ie cuyde qu’il congnoist bien cela.

Socrates. Il n’espere doncq’ pas faire de gaing sur telle nourriture ?