Hipparchvs. Il semble qu’il soit ainsi.
Socrates. Or, quant au gaing, n’auons nous pas conclud à la fin que c’est chose bonne ?
Hipparchvs. Ouy, vrayement.
Socrates. Par cette conclusion, il fault confesser que touts sont couuoyteux de gaing. Mais par ta premiere diffinition il ne se trouueroit personne couuoyteux de telle chose. Mettons doncq’ vne fin à ce differend, et pour n’entrer en erreur par cy apres, voyons laquelle de ces deux opinions nous debuons tenir.
Hipparchvs. S’il y a aulcun, ô Socrates ! qui vueille donner vne bonne et seure diffinition sur le faict de ceulx qui sont couuoyteux de gaing, il me semble qu’il dira qu’ilz sont de telle nature qu’ilz cherchent à gaigner sur toutes choses qui ne sont d’aulcune lucratifue pour les gens de bien.
Socrates. Mais ne te souuient il pas de ce qui a esté accordé entre nous prochainement : qui est que l’effect de gaigner n’est aultre chose que recepuoir vtilité ?
Hipparchvs. Pour cela quoy ?
Socrates. Non peu de chose, car nous auons conclud que toute personne ayme naturellement son bien et proffict.
Hipparchvs. Ie sçay que nous sommes demeurés de cest accord.
Socrates. N’est il doncq’ pas manifeste que touts gens de bien appettent de gaigner, si ainsi est que le gaing soit chose bonne ?