Hipparchvs. Certainement.
Socrates. Mais es tu d’aduis que par l’vng ou l’aultre de ces deux gaings ia diffinis, celluy auquel ils aduiennent, iustement ou iniustement, aye aduantage sur son compaignon ?
Hipparchvs. Ny par l’vng, ny par l’aultre.
Socrates. En telle matiere, où il n’y a aulcun moyen entre deux, comme est il possible que l’vng peult plus recepuoir de gaing, et l’aultre moins ?
Hipparchvs. Ie confesse qu’il est totalement impossible.
Socrates. Doncques, puis que tu confesses que ces deux gaings entre nous deffinis rapportent vng semblable bien à celluy qui les reçoipt, il reste au surplus de veoir qui est la cause qui te meut de bailler à touts deux vng mesme nom de gaing, de veoir et considerer aussi ce que tu imagines sur la qualité de l’vng et de l’aultre. Et en ce cy ie forgeray vng exemple sur moy mesme. Prenant le cas que tu m’interroges : pourquoy c’est que, si vne viande est bonne ou mauluaise, ie l’appelle tousiours viande ? Il est certain que ie te repondray, que pour ce que l’vne et l’aultre est vng nourrissement du corps, de substance seiche, à ceste cause ie leur impose vng nom seul, et les appelle tousiours viande, ce que tu ne sçaurois nyer estre bien faict ; qu’en dys tu ?
Hipparchvs. Ie le confesse.
Socrates. Quant au boyre, i’aurois semblable raison de te respondre, t’allegant que, pour ce que c’est vng nourrissement du corps, de substance humide, on luy a imposé tel nom, sans auoir esgard que telle substance soit bonne ou mauluaise ; et ne te feray iamais aultre response en toutes aultres choses ainsi entre elles conformes ; parquoy tu doibs tascher d’en suyure l’equité de mes responces. Ie te demande doncq’ icy : que consideres tu donc en vne mesme chose, pourquoy tu l’appelles gaing, soit icelluy gaing bon ou mauluais ? Si en cest endroit tu n’es prouueu de response prompte, prends vng peu garde à ce que ie te vois deduire. N’appelles tu pas cela gaing, quand vng personnage paruient en la possession de quelque chose, sans y despendre rien du tout, ou en recepuant plus de proffict que la despence totale ne monte ?
Hipparchvs. Il me semble que ie puis appeler cela gaing.
Socrates. Quelle toutesfoys est ton intelligence sur ce propos ? Entends tu ce gaing comme si quelcqu’vng s’estoit bien repeu de plusieurs viandes, sans rien despendre, et que par ycelles viandes il eust acquis quelque maladie ?