Hipparchvs. Ie ne sçay que ie doibs dire.

Socrates. Tu n’es pas hors de propos sans cause. Mais responds moi à ce que ie te voys demander. Si quelcqu’vng repçoit plus qu’il ne despend, ne diroys tu pas qu’il gaigne ?

Hipparchvs. Ie ne diray poinct qu’il perd, moyennant qu’en baillant quelcque petite piece d’or ou d’argent, il en reçoipue par cela vne plus grande.

Socrates. Ie te demande d’aduantage. Si quelcqu’vng baille vne demye libure d’or pour vne libure d’argent, diroys tu que cestuy là fait gaing ou perte ?

Hipparchvs. Perte, pour certain, ô Socrates ! car pour vne chose vallant quattre escuz, il en repçoit vne de deux escuz seulement.

Socrates. Si ne me sçaurois tu nyer qu’il ne repçoiue plus qu’il ne baille. Qui plus est : vne chose doublée n’est elle pas de plus grand’ value que la moytié de quelcqu’aultre ?

Hipparchvs. Quant à cela, ie te reponds que l’argent n’est pas de telle estime que l’or.

Socrates. Il fault doncq’ en matiere de gaing exprimer tousiours le pris et value de la chose sur laquelle le gaing se peult faire ; et par tes paroles tu veulx conclurre que combien que l’argent soit en plus grande quantité que l’or, ce nonobstant il n’est poinct tant precieux ny tant à estimer, et qu’vne moindre quantité d’or est beaucoup de plus grande value.

Hipparchvs. Voilà le poinct, et telle en est la verité.

Socrates. Doncques tout gaing consiste en l’estime de la chose de laquelle il peult proceder, soit petite ou grande ? Mais, apres tout, veulx tu inferer que sur vne chose de nulle estime il ne se puisse faire gaing ?