A l’heure prescrite je retournai chez don Inigo Flores; je fus ravi de voir, dans les rues, des jeunes filles, des femmes, la plupart d’une jolie figure, assises devant leurs portes, les unes filant ou dévidant de la soie, les autres préparant des feuilles de mûriers. Celles-ci coiffées d’une rédizilla, les autres d’un chapeau de paille qui couvrait les tresses de leurs beaux cheveux noirs; nombre d’elles avaient des mules pour chaussures, et portaient un jupon court, qui laissait voir la finesse de leurs jambes.[90] La décoration des maisons donne un nouveau charme à ce tableau. Les toits sont en terrasse, et la plupart sont de jolis jardins garnis d’arbustes et de fleurs; on y voit aussi de petites tourelles, qui servent de colombiers.[91] Les balcons même ressemblent à de petits parterres; ajoutez à cette riante peinture un cordon de jolies femmes respirant, dans un climat voluptueux, la gaîté, le plaisir, l’amour et la fraîcheur d’une belle soirée des premiers jours d’automne. Je trouvai que les habitants avaient raison d’appeler leur ville la belle Valence; il n’est point de ville en France, excepté Marseille, qui ait un air si riant et si animé; mais Marseille est bien loin d’avoir un si beau terroir. Je me rappelle qu’à Paris je ne voyais que des figures tristes, des hommes courant dans les rues, l’air inquiet, affairé, comme si l’ennemi les poursuivait; et des femmes mal chaussées, barbotant dans les rues, avec des physionomies aussi froides que si elles allaient à confesse. Mais me voici à la porte du père de dona Rosalia. On m’introduisit dans son cabinet. Je vois un homme d’une taille médiocre, âgé d’environ cinquante ans, l’œil vif, le teint brun, porteur d’une physionomie douce et sereine. Il prenait son chocolat; il me fit asseoir, et m’en offrit: j’acceptai. Un vieux domestique, couleur d’olive, en veste et en papillotes,[92] l’apporta avec un verre d’eau très-fraîche, et des bâtons d’azucar esponjado.[93] Je ne connaissais pas encore ces bâtons de sucre; don Inigo me dit qu’il fallait les tremper dans l’eau, et les manger avant de boire le chocolat. Pendant que je le savourais il ne me fit aucune question; mais il me regardait attentivement, très-étonné sans doute de voir un visage si nouveau pour lui. Quand j’eus rendu ma tasse: Monsieur, me dit-il en français, avez-vous quelque lettre de crédit sur moi; puis-je vous être bon à quelque chose? — Non, monsieur; c’est un motif plus intéressant qui me procure l’honneur de vous voir. Vous avez une fille aimable et malheureuse. — Ma fille! je n’en ai plus: elle a fui ma maison, sa patrie; elle a quitté son père! — Je vois avec douleur le ressentiment qui vous anime contre elle. Il est juste; dona Rosalia a blessé votre tendresse, oublié son devoir, vos bontés; mais le malheur l’accable, et la pitié doit réveiller dans l’ame d’un père l’indulgence et l’amour. — Vous m’étonnez beaucoup; d’où la connaissez-vous? comment savez-vous ses malheurs? Je lui contai alors l’abandon, la perfidie de son gendre; les pleurs, le désespoir, la maladie de sa fille: ce bon père m’écoutait, attentif, immobile, tantôt ses yeux attachés sur moi, et tantôt à la terre. Lorsque j’eus fini, il s’écria: Ainsi Dieu punit les enfants ingrats! — Mais Dieu pardonna à ses ennemis. — Où avez-vous laissé cette infortunée? — A Lyria, dans son lit, en proie à une fièvre violente, et à ses remords. — Je vais lui envoyer un médecin. — Votre présence sera le spécifique le plus efficace; le siège de la maladie est dans l’ame: vous seul pouvez y verser un baume salutaire, et l’arracher à la mort. Elle implore son pardon, vous supplie d’écouter son repentir, et de lui tendre une main paternelle: si je retourne sans vous, c’en est fait, vous n’aurez plus de fille. — Allons, Dieu l’a assez punie; j’irai la chercher; et si son repentir est sincère, j’oublierai sa conduite, et lui rendrai ma tendresse: nous partirons au point du jour. Il m’offrit alors un logement chez lui: je le refusai d’abord, parce que le refus, je ne sais trop pourquoi, est toujours le premier mouvement dans pareilles circonstances; mais il insista, et j’acceptai. Il me proposa, en attendant l’heure du souper, de me faire voir la ville. En la parcourant il me demanda comment je la trouvais. Elle mériterait, lui dis-je, l’épithète de belle qu’elle porte, si ses rues étaient moins étroites et moins tortueuses. — Ce sont les Maures qui l’ont ainsi bâtie. Cette ville, comme tant d’autres, a éprouvé bien des révolutions: Scipion l’enleva aux Carthaginois; Pompée la détruisit, Sertorius la réédifia; les Goths et les Maures se la disputèrent, et l’inondèrent de leur sang; Rodrigue, surnommé le Cid, chassa ces derniers en 1025; mais ils la reprirent après sa mort, et la gardèrent jusqu’en 1238, époque où Jacques, roi d’Aragon, la reconquit pour toujours. Je lui demandai quelle était sa population. De quatre-vingt-dix à cent mille hommes, me dit-il; l’heureuse température du climat, la beauté et la richesse de la campagne, attirent bien du monde, et surtout beaucoup de noblesse. Jadis elle était plus populeuse; mais Philippe III, par un faux esprit de religion, en chassa cinquante mille Maures. On leur permit d’emporter leurs meubles; mais on retint leurs enfants pour les élever dans la religion chrétienne. Cette cruelle proscription a coûté, à l’Espagne, neuf cent mille citoyens très-industrieux et très-actifs, et cette plaie profonde n’a jamais pu se fermer.[94]
Valence, dit-il encore, a donné deux papes de la maison de Borgia, Célestin III et Alexandre VI. — Vous devriez rayer ce dernier de vos fastes. Les couronnes, les tiares n’effacent jamais les crimes aux yeux de la postérité. Vantez-moi plutôt votre climat, la magnificence de votre terroir. — Vous avez raison; nous vivons peut-être sous la température la plus heureuse de l’Europe. Pendant les trois mois d’été, la chaleur serait très-vive si elle n’était tempérée par les vents de la mer.[95] Le reste de l’année est un printemps continuel, non le printemps froid et nébuleux de Paris et de Rouen, où j’ai voyagé pour mon commerce, mais le printemps chanté par les poètes, et qui nous rappellerait l’âge d’or, si nous avions des ruisseaux de lait, des bergers poètes, et les mœurs pures et simples de ces heureux pasteurs. Mais la nuit s’avance, allons souper; nous devons nous lever matin pour aller au secours de cette infortunée. Il m’en parla pendant tout le repas. Je voyais que l’amour paternel se réveillait, agitait son ame pure et sensible. Qu’il est facile et doux de pardonner à l’homme malheureux! «Ma fille, me disait-il, n’avait que douze ans lorsque j’eus le malheur de perdre sa mère. Le vide que cette mort fatale laissa dans mon ame, fut remplacé par ma tendresse pour ma fille. Je l’en aimai davantage; je lui prodiguai mes soins et mes caresses; je lui confiai mon bonheur pré et avenir. Je voyais avec transport cette plante si chère naître et s’embellir de jour en jour; je remerciais le Ciel du présent qu’il m’avait fait. Une passion fatale, fruit de nos climats, autorisée par l’exemple, protégée par la religion et la loi, a perverti cette ame si pure. Une faute a flétri sa jeunesse et son innocence. Souvent je lui disais: Ma chère Rosalie, dans mes pensées, dans mes désirs, c’est ton bonheur seul qui m’occupe: prends garde d’écouter la voix de la séduction, de suivre l’exemple contagieux des enfants aveugles et dénaturés, qui profitent de l’erreur de la loi, et de l’appui blâmable de la religion, pour braver l’autorité des parents, et contracter des nœuds mal assortis. Fais choix d’un homme honnête et bien né, et je ne calculerai pas sa fortune. Pendant que je lui répétais ces discours, elle aimait déjà un misérable commis, que je chassai bientôt de chez moi, parce que je suspectais sa probité et ses mœurs. La passion de ma fille s’en irrita. Le traître employa tous les moyens de séduction pour se venger de moi et pervertir une fille très-jeune et sans expérience. L’église, par un abus et une extension de pouvoir contraire aux bonnes mœurs et à l’harmonie de la société, les a unis sans mon consentement. Le malheur ou le libertinage sont les fruits ordinaires de ces mariages illicites.» Ce bon père, en me parlant ainsi, laissait échapper des larmes. J’étais surpris de ses principes et de la pureté avec laquelle il s’exprimait dans la langue française. Je lui laissai entrevoir ma surprise. «Vous êtes étonné, me dit-il, de voir un Espagnol exempt des préjugés de la superstition, et parlant votre idiome avec quelque facilité. Mais sachez que je suis une espèce de métis; ma mère était française, et son plus grand plaisir dans mon enfance, était de me faire bégayer sa langue. De plus, à l’âge de vingt-quatre ans, mon père m’envoya en France, à Londres, en Hollande, soit pour achever mon éducation, soit pour m’instruire dans la théorie du commerce. Mais j’abuse de votre complaisance; on croit trop aisément intéresser les autres en leur parlant de soi. Nous devons abréger notre sommeil, et vous avez besoin de repos.» Il me conduisit à ma chambre. Je fus surpris de son élégance, de sa propreté; les murs et le parquet étaient revêtus de carreaux de faïence; les meubles de bois d’aloès et de palmier, présentaient une forme agréable; mon lit était de fils de sparte et d’aloès, et d’une élasticité délicieuse. Il était sans rideaux et la chambre sans cheminée; elles sont très-rares à Valence. En revanche il y avait une fontaine dans la cuisine, ainsi que dans toutes les maisons de la ville.
Nous partîmes à l’aube matinale, et arrivâmes à Lyria sur les onze heures. On sonnait une messe. Je vais l’entendre, me dit don Inigo; pendant ce temps allez prévenir ma fille de mon arrivée; mon apparition subite pourrait aggraver sa maladie. Dès que Rosalie m’aperçut, elle s’écria: Eh quoi! sans mon père! Il m’abandonne; il est inexorable. — Non; c’est le meilleur des pères, et il viendra, vous le verrez. — Et quand? — Aujourd’hui... tout à l’heure; il entend la messe. — Ah! je respire! — Comment vous trouvez-vous? — J’ai pleuré hier toute la journée; j’ai prié Dieu; cependant j’ai un peu dormi cette nuit; et si je revois mon père, s’il me rend son amour et ses caresses, sans doute ma santé reviendra. — Eh bien, préparez-vous à le recevoir; je vais le chercher à l’église. La messe finie, don Inigo me demanda des nouvelles de sa fille. — Votre présence et vos bontés vont lui rendre les forces et la vie.
Quand nous entrâmes dans la chambre, son air était grave et peut-être sévère, mais son cœur palpitait et sa main tremblait dans la mienne. Dona Rosalia était assise sur une chaise: le désordre de sa parure, de ses cheveux épars; ses beaux yeux pleins des pleurs du repentir, de la tristesse, de la douleur; son visage décoloré, rappelaient le fameux tableau de Le Brun, où, sous les traits de la Valière, il a peint Magdeleine adressant au ciel sa prière et ses remords.
Dès que Rosalie aperçut son père, elle courut pour se jeter à ses pieds; mais, débile, tremblante, prête à tomber, je la soutins et la fis asseoir. Elle voulait parler, mais les larmes, les sanglots, étouffaient sa voix. Son père ému, la prit, la pressa dans ses bras, en l’appelant ma fille, ma chère fille! Embrassez votre père, lui dis-je; il vous rend ses bontés, il vous pardonne. A ces mots, elle se lève, l’embrasse, le serre par de douces étreintes, et leurs larmes et leurs caresses se confondirent. Pour terminer cette scène si touchante, je dis à don Inigo qu’il fallait penser au dîné, et à notre retour; il me pria de m’en charger, et d’y songer pour eux. Après un léger repas, nous montâmes en voiture. Rosalie voulut dire un mot en faveur de son époux: Ne m’en parle jamais, s’écria son père, si tu crains de m’offenser; c’est un misérable qu’il faut oublier, et qui périra d’une mort funeste. Prions Dieu seulement qu’il lui fasse miséricorde, et que sa mort soit plus sainte que sa vie.
Don Inigo voulut non seulement que je logeasse chez lui, mais il me pria instamment de séjourner huit à dix jours à Valence pour qu’il pût jouir du plaisir de me voir et de me témoigner sa reconnaissance. Veuillez m’aider, me disait-il, à consoler ma fille. Vous l’avez sauvée, achevez votre ouvrage; la présence de son bienfaiteur effacera le souvenir du misérable qui l’a séduite et outragée: vous lui ferez aimer l’existence, comme un beau jour fait aimer la nature. Dona Rosalia, d’un ton plein d’intérêt, joignit ses instances à celles de son père; elle me disait: Je vous dois mon père et la vie; ajoutez à ce bienfait celui de votre présence, du moins pour quelque temps. J’hésitai; l’amour m’appelait à Cordoue, pressait mon départ; mais enfin l’amitié, les prières de deux êtres intéressants fixèrent mon irrésolution; je promis de rester huit jours. Rosalie m’en remercia avec ce son de voix, ces paroles douces et pénétrantes qui sortent du fond d’une ame sensible et vivement émue.
Le lendemain de notre arrivée était un dimanche; don Inigo me mena à la cathédrale pour entendre la messe; quoique protestant, j’allai avec plaisir adorer, dans son temple, le Père, le Créateur de tous les hommes, si bien peint dans cette expression: celui qui est. Cependant j’avais quelques peines à dissimuler ma croyance, à emprunter le voile de l’hypocrisie; à la vérité j’étais obligé de feindre, et non de mentir. Henri IV disait que la religion ne se dépouille pas comme une chemise, car elle tient au cœur.
Je vis sur la porte de la cathédrale la liste des livres défendus par le saint-office; en première ligne étaient Rousseau, Voltaire, Raynal et l’Encyclopédie. Quelques livres espagnols avaient aussi les honneurs de l’index. Cette cathédrale est une des plus riches de l’Espagne: le maître-autel est d’argent; une vierge de six pieds, du même métal, occupe une niche couverte de bas-reliefs représentant divers incidens de la vie de J. C. L’autel a trente pieds de haut et dix-huit de large, et les peintures qui décorent les portes de cet autel sont d’un prix inappréciable. Philippe IV disait que si l’autel était d’argent, les portes étaient d’or. Cependant l’affluence qui remplissait l’église fixait mon attention. Les femmes étaient assises sur leurs jambes, et sur un tapis de sparterie qui couvrait le pavé de l’église; elles avaient un éventail et un rosaire à la main; tour-à-tour elles s’éventaient, récitaient un avé, promenaient leurs regards sur tous les jeunes gens, et leur parlaient des yeux, ou par signes. Je marquai à don Inigo mon étonnement de ce mélange de dévotion et de coquetterie. Le chapelet, me dit-il, est un hochet pour nos femmes; elles le portent à leur ceinture, le laissant traîner jusqu’à terre; elles le récitent dans les rues, parfois en jouant ou en médisant du prochain, et elles ne font l’amour qu’avec un scapulaire sur la poitrine, et le rosaire à la main. Les hommes l’attachent à leur cou. — C’est apparemment, lui dis-je, un talisman qui gagne le cœur de l’objet aimé? — Les Espagnols prétendent que le scapulaire et le rosaire sont deux des plus beaux présents que leur ait fait la Vierge. Lorsque l’on éleva le vénérable,[96] la scène changea. Un grand bruit se propagea dans l’église: c’était le roulement des coups de poings que les femmes se donnaient sur la poitrine, ou plutôt sur des corps de baleines, espèce de cuirasse qui réfléchit les sons, mais qui ne garantit pas des traits de l’amour. Ce bruit, mêlé à un silence profond, l’attitude de tous les assistants courbés vers la terre, leurs longs soupirs rendaient cette scène auguste et touchante. Mais l’élévation finie, tout le monde se redressa, les femmes s’assirent de nouveau sur leurs jambes, et le jeu des prunelles recommença. On peut comparer cette manière d’entendre la messe, si l’on peut comparer le profane au sacré, à la conduite des Italiens à l’opéra, qui causent, promènent leurs yeux de tous cotés pendant le récitatif, et se taisent et se recueillent pour écouter l’ariette.
Après la messe, don Inigo me conduisit dans la chapelle de Saint-Pierre, ornée de beaux tableaux; de là dans la sacristie, où est le riche dépôt des vases d’or et d’argent, et des reliques. Parmi celles-ci on me montra un calice d’agate, qui avait, dit-on, servi à J. C. lorsqu’il fit la scène avec ses disciples; une chemise d’enfant, sans coutures, faite par la sainte Vierge même; des gouttes de son lait; un peigne auquel étaient encore attachés quelques-uns de ses cheveux, et une dent de Saint-Chrysostôme, de quatre doigts de long et de trois de large. Quelle terrible dent! dis-je tout bas à don Inigo. — Taisez-vous, reprit-il, elle n’est pas aussi dangereuse que celle de l’inquisition. Deux hommes petits, maigres, le teint olivâtre, l’un vêtu d’un habit couleur de rose, et l’autre d’un bleu céleste, s’approchèrent pour baiser les reliques. Je demandai à don Inigo quels étaient ces seigneurs, dont la couleur et l’élégance des habits contrastaient si bizarrement avec leurs tristes figures; je crois voir des singes revêtus des vêtemens d’Adonis. — Ces prétendus seigneurs sont de simples artisans. Ici chacun se costume à sa guise; en fait d’habillement, on n’admet aucune distinction: l’homme du peuple vit de pain et d’oignons, et porte sur lui, le dimanche, les économies de l’année.
En sortant de la cathédrale, il me dit: Vous n’avez point en France d’églises si belles et si riches; mais vous avez des chemins, des ponts, des canaux, des manufactures. — Je m’aperçois à ce discours qu’il y a du sang français dans vos veines; ou plutôt que vos lumières, la justesse de votre esprit, vous font démêler les abus de la superstition d’avec le vrai culte, et la solide piété. En effet don Inigo était un sage pieux sans ostentation, et attaché à la religion de ses pères en homme éclairé, sans adopter les momeries des moines, et le respect ridicule que l’on rendait à leur robe. Je n’en reçois point chez moi, me disait-il, je ne baise jamais leurs mains crasseuses; mais, comme je ne veux point me brouiller avec l’inquisition, je les salue du plus loin que je les aperçois; et comme les petits présens réchauffent l’amitié, j’envoie de temps en temps du café et du chocolat aux pères dominicains, les premiers de l’ordre: d’ailleurs je remplis tous mes devoirs, j’observe les préceptes de l’église, je me garde bien de fronder les opinions, les abus; en Espagne on n’en demande pas davantage. Mais pour vous prouver quelle vénération les Espagnols portent à un ministre de la religion, je vais vous raconter un crime horrible commis en Andalousie par un carme déchaussé; crime qui méritait la mort. Il aimait éperdument une jeune fille, sa pénitente; sans doute il n’avait pas expliqué sa passion. Cette jeune personne, au moment de se marier, vint se confesser à lui. Il entendit sa confession, lui dit la messe et la communia de sa main; ensuite ce monstre alla l’attendre à la porte de l’église, et l’assassina de trois coups de poignards, dans les bras de sa mère. Il fut pris; mais le roi apprenant qu’il était prêtre, n’osa le condamner à la peine de mort, et l’envoya aux présides de Porto-Ricco.