Cet autre, defensa de la religion christiana, écrit pour convertir les juifs, n’a pas opéré beaucoup de conversions.

En voici un qui sans doute a été bien plus utile: Tratado del arbol de la quina, o casanilla (quinquina).

Après vient vida de los reyes de Espanna (vie des rois d’Espagne). C’est un cours de morale pour les rois: des vices, des faiblesses, de l’ambition, et quelques vertus, tels sont les éléments de leur vie.

Suit vida del emperador Leopold III y de Gustavo III, rey de Suecia.

Voici des livres nationaux: El honor Espagnol, e diccionario historico de varones illustres en santidad, dignitades, armas, ciencias y artes, hijos de Madrid.[122] L’honneur espagnol égale pour le moins celui des autres nations, et l’Espagne a produit une foule de grands hommes qui rendront ma patrie à jamais mémorable.

Ce livre-ci est traduit de Loke, educacion de los ninnos.

Cet autre apprend l’art d’être heureux, si cet art peut s’apprendre: arte de ser feliz, en quatre épîtres morales écrites en prose, et deux autres épîtres sur la richesse, la gloire et l’ami des hommes.

Ces derniers volumes ont pour titre Biblioteca entretenida de damas (des dames). C’est la collection des meilleurs contes et des meilleures anecdotes: c’est un ouvrage que je lis toutes les fois que j’ai de la bile, ou que ma digestion se fait laborieusement. Cette revue faite, le chanoine me dit: le colombier est au-dessus de la bibliothèque. J’ai là des pigeons de Raza qui, par un instinct particulier, sont fort attachés à leur domicile; j’en ai vu souvent revenir non seulement de dix à douze lieues, mais après deux ou trois ans d’absence. Nous avons établi dans ce pays, comme dans l’orient, des postes de ces pigeons de Raza. On enveloppe la patte droite du pigeon dressé à cet usage, avec une lettre en forme de bande, et on lui donne la volée; il revient à son gîte avec une rapidité étonnante: il fait sept à huit lieues en moins de cinquante minutes.[123] Vous ne devez pas être surpris de l’instinct, ni de la vélocité de ces animaux. Un faucon, envoyé de Ténériffe au duc de Lerme à Madrid, y revint en seize heures; il avait fait deux cent cinquante lieues dans ce court espace de temps. Il fut pris en arrivant à demi-mort: on présume qu’il s’était reposé sur quelque vaisseau.

Nous prîmes congé de ce chanoine philosophe qui me dit, en me quittant: Vous êtes jeune, vous allez courir le monde, je vous souhaite un bon voyage; quant à moi, comme disait Job, in nidulo meo moriar.[124] Je lui répliquai que j’espérais un jour vivre et mourir dans mon nid, comme lui; mais que j’aurais de plus une femme. — Je souhaite qu’elle ait la beauté de Sara, la douceur de Rachel, et la fécondité de la mère des Machabées; et si vous pouvez vous en passer, ce sera encore mieux. Je le remerciai de ses souhaits, et nous nous séparâmes très-contents les uns des autres.

Nous allâmes voir la maison que don Inigo voulait acheter. Elle réunissait dans une enceinte de dix arpents tout ce que l’homme de goût peut désirer; un canal d’irrigation le traversait, il n’y manquait qu’un joli bâtiment. Je n’en suis pas fâché, me dit don Inigo: bâtir est une occupation et un amusement; beaucoup de gens voudraient recommencer quand l’édifice est achevé; de plus, je ferai bâtir selon mon goût et mes idées, et celles de Rosalie. Après votre mariage avec dona Séraphina, j’espère que vous l’amenerez ici, et que vous passerez quelque temps avec nous; n’est-ce pas ton avis, Rosalie? A ces mots, elle soupira; et après un court silence, elle me questionna sur la taille, les yeux et la beauté de Séraphine. Sans répondre à ces détails, je lui dis que celle des deux qu’on voyait la première de Rosalie ou de Séraphine était celle qui la première se fesait aimer. — Elle sera heureuse, et moi je serai condamnée à la solitude et à l’indifférence. Ah! qu’on est malheureux, lorsqu’on l’est par sa faute!