Patience, patience, s’écriait Panurge en méditant sa vengeance: mais moi je ne voulais me venger de personne; je n’aspirais qu’a briser mes fers.

L’après-dînée le geolier m’apporta une lettre; je l’ouvris avec empressement: mais quelle fut ma surprise, quand je vis au bas le nom d’Angélique Paular! Dans un premier accès de colère je faillis à la déchirer; ensuite, par réflexion, et peut-être par curiosité, je me déterminai à la lire: voici son style.

«Senor, mio cavallero don Louis, je vous ai vu au refresco de la duquesa dona Eleonora, où votre physionomie, voire air noble et spirituel me frappèrent. Vous avez applaudi lorsque j’ai dansé le fandango; depuis je n’ai songé qu’à vous la nuit et le jour. Vous avez passé sous mon balcon, où je restais des heures entières pour vous voir un moment; j’ai prié saint Nicolas, le patron des jeunes filles, de m’être propice, et de me faire aimer de vous;[144] je vous ai jeté un chapelet, des fleurs, que vous avez acceptés; je vous ai écrit un billet, vous m’avez répondu; je vous ai demandé un anneau, gage sacré du mariage, et vous me l’avez donné; ingrat! pourquoi me trompiez-vous, si vous ne m’aimez pas? Vous êtes gentilhomme, militaire et chrétien; vous devez aimer Dieu et l’honneur. Je suis aussi noble que vous, et aussi bonne chrétienne. Per el dolcissimo nombre de Jesus,[145] consentez à me donner votre main, et j’oublierai tous vos torts, et vous serez, après Dieu et la Vierge, ce que j’aimerai le plus au monde. Pido à dios guarde su vida muchos anos.[146]

Angelica y Thecla y Theresa Paular.»

Je lui répondis sur-le-champ:

«Mademoiselle,

»Je prie la Sainte Vierge de vous guérir de votre amour; elle vous doit cette guérison, puisque vous êtes fidèle à son culte. Il est vrai que j’ai applaudi à la légèreté de votre danse, que j’ai ramassé votre chapelet, et que je vous ai donné un anneau; mais reconnaissez à ces procédés la galanterie et la politesse françaises, et non le zèle elles désirs d’un amant. Je ne le suis, ni ne veux l’être; croyez qu’il faudrait un miracle de la Madonne, ou de votre Saint Nicolas, pour changer mon cœur, et me décider à vous épouser. Renoncez, je vous prie, à ce projet; si vous m’aimez comme vous le dites, faites-moi rendre ma liberté. Alors je prierai la Vierge de jeter un regard de bonté sur vous, et de vous donner un mari digne de vos charmes, et qui sentira, mieux que moi, le prix de vos bontés et de votre tendresse. Pido à Dios guarde su vida muchos anos

Louis de Saint-Gervais,

Capitaine au service de France.

J’écrivis aussi une lettre fort détaillée et fort pathétique à M. le comte d’Ossun notre ambassadeur à Madrid.