Mais c'est surtout en romans, et en histoires et mémoires qu'était riche la bibliothèque de la princesse de Conti.

La partie du catalogue relative aux romans comprend 336 numéros. Voici le dénombrement des plus remarquables par l'édition, par la reliure, ou par le mérite littéraire:

Les Amours de Théagènes et de Chariclée ou l'Histoire d'Héliodore, trad. en français par J. de Montlyard, avec les figures de Michel Lasne, Paris, 1623, in-8, couv. en parch.; les Amours pastorales de Daphnis et Chloé, trad. du grec de Longus en français par J. Amyot, avec des fig. gravées par Audran sur les dessins du régent, Amsterdam, mar. citr. doublé de tabis; la Métamorphose ou l'âne d'or, trad. d'Apulée par J. de Montlyard, Paris, 1623, in-8, fig.; les Travaux de Persile et de Sigismonde, trad. de Michel de Cervantès, par d'Audiguier, Paris, 1618, in-12; la Constante Amarillis, trad. de l'espagnol de Figueroa par N. Lancelot, Lyon, 1614, in-8, mar. bleu; la Célestine, trad. de Rojas, Rouen, 1634, in-8; le Colloandre fidèle, trad. de Marini, par G. de Scudéry, Paris, 1668, 3 vol. in-8, mar. bleu; l'Aventurier Buscon, trad. de Quevedo, Paris, 1639; la Vie de Gusman d'Alfarache, avec fig., Paris, 1696, 3 vol. in-12, mar. citr.; Histoire facétieuse du fameux Lazarille de Tormes, Lyon, 1697, in-12; la Dianée, trad. de l'italien de Loredano, Paris, 1642, 2 vol. in-12, parch.; l'Almorinde, de L. Assurino, Paris, 1646, in-8, mar. bleu.

Beaucoup de ces romans de la première moitié du XVIIe siècle sont reliés en maroquin bleu ou rouge, et pourraient bien avoir formé la bibliothèque de la première princesse de Conti, nièce de Mazarin. Ce sont:

La Haine et l'amour d'Arnoult et de Clairemonde, Paris, 1709, in-12; l'Astrée, d'H. d'Urfé, Paris, 1618, 6 vol. in-8, v. f.; les Amans jaloux, de du Verdier, Paris, 1631, in-8; Les Triomphes de la guerre et de l'amour, par Humbert, Paris, 1631, in-8; le Roman véritable, Paris, 1648, in-8; Clorinde, Paris, 1667, 2 vol. in-8; L'Amour dans son trône, trad. de Loredano par du Breton, Paris, 1646, in-8; Cassandre, par La Calprenède, Paris, 1651, 10 vol. in-8, v. n., fil.; Mithridate, Paris, 1649, 4 vol.; le Toledan, Rouen, 1653; Sapor, par du Perret, Paris, 1668, 5 vol. in-12; le Comte de Dunois, Paris, 1671, v. éc., fil.; La Princesse de Montpensier, par Mme de la Fayette, Paris, in-8, mar. cit. doub. de mar. bleu; La Relation de l'île imaginaire ou l'Histoire de la princesse de Paphlagonie, par Mlle de Montpensier, 1659, in-8, mar. r. doubl. de mar.; le Prince de Condé, par Boursault, Paris, 1675, in-12; Oracié, (par Mlle de Senectaire), Paris, 1646; les Amours historiques des princes, par Grenaille, Paris, 1642; La Promenade de Versailles ou l'Histoire de Celamire, (par Mlle de Scudéry), Paris, 1669, in-8; Don Pelage (par de Juvenel), Paris, 1646, 2 vol. in-8; le prince de Sicile, (par Mlle Bernard), Paris, 1690, 3 vol.; Elise, par l'Evêque de Belley, Paris, 1621; l'Iphigénie, Lyon, 1625; Palombe, Paris, 1625, et les Occurrences remarquables, Paris, 1626, par le même, ainsi que tous ses autres romans; la Maison des jeux, par Ch. Sorel, Paris 1657, 2 vol. in-8.

La princesse de Conti lut-elle beaucoup ces œuvres, qui faisaient les délices de la société des Précieuses? On en peut douter. Elle se plut, en tout cas, certainement davantage aux romans du XVIIIe siècle, que nous trouvons presque tous dans sa bibliothèque, ceux de Le Sage: le Diable boiteux, Gil Blas, le Bachelier de Salamanque, Estevanille; de l'abbé Prévost: les Mémoires d'un homme de qualité, avec l'Histoire de Manon Lescaut, Paris, 1729; Cleveland, Clarisse, Grandisson; de Marivaux: Marianne, Amsterdam, 1745, le Paysan parvenu, Paris, 1734; comme les Confessions du comte de ***, Paris, 1741, et Acajou et Zirphile, 1744, avec les figures de Boucher, par Duclos; Tanzai et Néadarné, Pékin, 1734, par Crébillon fils; comme ceux de La Place, du chevalier de Mouhy, de Mlle Lambert, de Mme Riccoboni.

Les manuscrits, sans être nombreux dans la bibliothèque de la princesse de Conti, n'y faisaient pas cependant défaut et quelques-uns sont intéressants à signaler.

C'est d'abord le Roman de la Rose, in-fol. ms. du XIIIe siècle, avec miniatures; puis les Mémoires de Mlle de Montpensier, 6 vol. in-fol. mar. r., dont manque le tome Ier; les Mémoires de H.-A. de Lomenie, comte de Brienne, in-fol.; le Procès criminel fait à Louis de Bourbon, prince de Condé, en 1654, in-fol.; les Alliances de la maison de Bourbon, in-fol.; une relation de l'ambassadeur vénitien Nic. Tiepolo: Relatione del Signor Nic. Tiepolo Ristornato, Ambasciadere di Carolo V et Ferdinande Re de Romani per la Republica di Venetia l'anno 1532, in-4. La partie des sciences occultes contenait aussi trois manuscrits assez curieux: un Recueil de nativités, thèmes célestes, ou de figures d'astrologie qui contiennent l'horoscope de plusieurs personnes illustres de différentes nations et de différents tems, in-4, couv. en parch.; un second Recueil de quelques nativités violentes, avec des règles ou aphorismes pour juger de la mort violente, in-4, couv. en parch.; et les Prédictions du grand et sublime Docteur Théophraste Paracelse, trad. en François avec des remarques par M. Christallin, commis de la Bibliothèque de M. le Duc en 1712, in-4.

Ce «Monsieur le duc», dont le nom figure sur ce dernier manuscrit, était Louis-Henri de Bourbon-Condé, arrière-petit-fils du grand Condé, né en 1692, mort en 1740, et qui fut premier ministre après la mort du régent. Il était le frère aîné de la princesse de Conti dont nous nous occupons.

Il ne nous reste plus à signaler que trois traductions manuscrites d'auteurs anciens: les Nuées d'Aristophane, in-4; les Comédies de Térence, 3 vol. in-fol., et les Géorgiques de Virgile, trad. en français par de Martignac, in-4. L'auteur de cette dernière traduction était Etienne Algay de Martignac, né en 1620, mort en 1698, qui fut attaché à la personne de Gaston d'Orléans, sur lequel il a écrit des Mémoires. Comme il publia, en 1681, une traduction complète des œuvres de Virgile en trois volumes, il est probable que nous en avons là une partie manuscrite. Peut-être aussi faut-il lui attribuer cette traduction de Térence qui précède, car il en publia plusieurs pièces sous ce titre: l'Eunuque, l'Hecyre et le Fâcheux à soi-même, de Térence, rendus très honnêtes en y changeant fort peu de chose, Paris, 1670, 1700, in-12.