Le petit-fils de cet Henri-Jules, prince de Condé, Louis de Bourbon, comte de Clermont, né en 1709, mort en 1771, fut l'une des figures les plus intéressantes du XVIIIe siècle. Frère du duc de Bourbon, qui fut premier ministre de Louis XV, et de cette belle Mademoiselle de Vermandois, qui serait devenue reine de France sans Mme de Prie, il fut tout ensemble abbé commendataire de Saint-Germain-des-Prés, général d'armée, membre de l'Académie française, et directeur d'une excellente troupe de comédiens qu'il entretenait pour les plaisirs de ses amis.

Il avait réuni une très nombreuse et belle bibliothèque, qui fut vendue, à sa mort, au palais abbatial de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, et dont le catalogue parut sous ce titre: Catalogue des livres de la bibliothèque de feu S. A. S. Mgr le comte de Clermont, prince du sang, Paris, Prault fils, 1771, in-8o de 111 pages. Ses livres étaient timbrés de ses armes: de France, au bâton péri en bande de gueules, chargé à la pointe supérieure d'un croissant d'argent. Ce catalogue comprend 2,021 numéros, dont 229 pour la théologie, 138 pour la jurisprudence, 941 pour les belles-lettres, et 663 pour l'histoire.

Le comte de Clermont aimait fort les lettres et les arts, et, à son château de Berny, il se donnait souvent des comédies ou des concerts. Nous trouvons la trace de ce goût dans le catalogue de 1771, sur lequel figurent: «trente-six cartons remplis de musique, pour les concerts et comédies, tels que simphonies, trios, divertissemens, etc., manuscrits»; un «paquet de musique instrumentale pour le violon, le clavecin, violoncelle, etc., gravée et manuscrite»; ainsi que «différents opéras-comiques, avec leur partition gravée». Sa collection théâtrale était très complète, et dans son inventaire on remarque encore «différents paquets de comédies séparées et brochées», plus «plusieurs cartons remplis de rôles pour jouer des comédies et très proprement écrits».

Si le comte de Clermont ne fut pas un grand général, il avait de la valeur et aimait les choses militaires. On s'en aperçoit également à sa bibliothèque où la division de «l'art militaire» comprend 90 numéros, parmi lesquels il faut signaler plusieurs manuscrits: Guerres des troupes légères, in-8o, m. v.; Remarques sur la cavalerie et l'infanterie, in-4o; Traité des sièges, de l'attaque et défense des places, par le maréchal de Vauban, in-folio, «avec des plans très bien dessinés et lavés, m. r., avec fermoir d'argent», vendu 59 livres; Traité des fortifications, in-folio; Différentes pièces d'artillerie dessinées et colorées, in-8o obl., mar. r., dent.; Etat de la composition des troupes d'infanterie et de cavalerie française et étrangère, in-4o, mar. r., fermoirs d'argent; Etat des officiers généraux, etc., employés à l'armée commandée par S. A. S. Mgr le comte de Clermont, en 1758, 2 vol. in-16, mar. r.; Etat des troupes de France sur pied, en 1755, in-8o; Etat de la maison du Roi, en 1751; in-8o, mar. r.; Etat des gouvernements généraux, 1751, in-8o, mar. r.

L'ami des choses légères, des poètes, des chansonniers, se manifeste, au contraire, dans les articles suivants: trois Recueils de chansons, mss., l'un en 9 vol. in-8o, l'autre en 8 vol. in-4o, le dernier en 9 vol. in-folio et 3 vol. de tables; et un Recueil de poésies, ms., 8 vol. in-8o.

Des deux fils que Louis XIV eut de Mme de Montespan et qui lui survécurent, le duc du Maine et le comte de Toulouse, celui-ci paraît avoir eu particulièrement le goût des beaux livres. Il en avait rassemblé un grand nombre, soit à Paris, dans le magnifique hôtel de Toulouse, près la place des Victoires, soit au château de Rambouillet, qu'il acheta, en 1705, de l'intendant des finances, Fleuriau d'Armenonville, et où il mourut en 1736.

Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, était né le 6 juin 1678. Lui et sa sœur, la future duchesse d'Orléans, femme du régent, furent les suites de cette fameuse réconciliation des deux amants que Mme de Caylus a si joliment racontée.

Par respect pour le jubilé et sur les exhortations de Bossuet, Louis et sa maîtresse ne se voyaient plus que sur la cérémonie et en présence des dames les plus respectables de la cour.—«Le roi, dit Mme de Caylus, vint donc chez Mme de Montespan, comme il avait été décidé; mais, insensiblement, il la tira dans une fenêtre; ils se parlèrent bas assez longtemps, pleurèrent, et se dirent ce qu'on a accoutumé de dire en pareil cas; ils firent ensuite une profonde révérence à ces vénérables matrones, passèrent dans une autre chambre; et il en avint Madame la duchesse d'Orléans et ensuite M. le comte de Toulouse.» Enfant, il avait été beau comme le jour; quand il parut pour la première fois à Versailles, sa beauté «surprit et éblouit tous ceux qui le virent». De ce côté, il avait la supériorité sur son frère, le duc du Maine, son aîné de huit ans, qui se rattrapait, il est vrai, du côté de l'esprit, ou du moins d'un certain esprit. Par la droiture, par la délicatesse et la tendresse de cœur, le comte de Toulouse l'emportait aussi beaucoup sur son frère. Saint-Simon lui accorde toutes ses préférences. «C'était, dit-il, l'honneur, la vertu, la droiture, la vérité, l'équité même, avec un accueil aussi gracieux qu'un froid naturel, mais glacial, le pouvait permettre; de la valeur et de l'envie de faire, mais par les bonnes voies, et en qui le sens droit et juste, pour le très-ordinaire, suppléait à l'esprit; fort appliqué d'ailleurs à servir sa marine de guerre et de commerce, et l'entendant très bien.» Ailleurs Saint-Simon le qualifie encore de «sage, silencieux, mesuré».

Pourvu, dès l'année 1683, de la charge de grand amiral de France, il se montra plus tard digne de cette faveur, alors prématurée, à la fois par son courage et sa connaissance des choses navales. Après avoir fait sa première campagne, à l'âge de treize ans, en Flandre, où il monta à l'assaut de Mons et fut blessé au siège de Namur, il montra toutes les qualités d'un homme de mer à la bataille de Malaga, où, le 24 août 1704, il battit la flotte anglaise et démâta le navire de son chef, l'amiral Rooke. «On ne saurait, dit Saint-Simon, une valeur plus tranquille, qu'il fit paraître pendant toute l'action, ni plus de vivacité à tout voir et de jugement à commander à propos.» Obligé de renoncer à la mer par une cruelle maladie de la pierre, qui le tourmenta toute sa vie, restant éloigné de toutes les menées ambitieuses ourdies par son frère, le duc du Maine, il se contenta de vivre en sage. Il mourut le 1er décembre 1737, à l'âge de cinquante-neuf ans, laissant une mémoire aimée, que continua dignement son fils, l'aimable et bienfaisant duc de Penthièvre.

Le comte de Toulouse avait formé une nombreuse bibliothèque, dont les livres, très heureusement choisis, portent ses armes: de France, au bâton péri en barre de gueules, et quelquefois une ancre, emblème de grand amiral. Nous connaissons la composition de cette bibliothèque soit par les deux volumes du Catalogue des livres du roi Louis-Philippe, vendus en 1852, soit par des catalogues qui en furent publiés du vivant même de ce prince pour son propre usage.