Un premier catalogue fut dressé, en 1708, sous ce titre: Catalogue de la bibliothèque du château de Rambouillet, appartenant à Son Altesse Sérénissime Monseigneur le comte de Toulouse, M DCC VIII, s. l., in-8o de 216 pages, plus 13 pages de table des auteurs. Il comprend 1,589 numéros, répartis en cinq divisions: théologie, droit, philosophie, belles-lettres et histoire. Parmi les manuscrits, l'on remarque: Exercice et détail de toutes les manœuvres qui se font à la mer, par le chevalier de Tourville, en 1681, sur vélin, in-4o; Etat de la marine de l'Empire ottoman, par M. de La Croix, in-4o; les Noms, armes et qualitez des amiraux de France, avec les blasons enluminez, in-fol.
Un nouveau catalogue en fut fait dix-huit ans après: Catalogue de la bibliothèque du chasteau de Rambouillet, appartenant à Son Altesse Sérénissime Monseigneur le comte de Toulouse, à Paris, imprimé par les soins de Gabriel Martin, libraire de S. A. S., 1726, in-8o de 620 pages, plus 29 pages de table des auteurs. Les numéros ne se suivent pas, en sorte qu'il est difficile de se rendre compte de l'importance relative des divisions autrement que par la pagination. La théologie comprend 31 pages; la jurisprudence, 11; la philosophie, les mathématiques et les arts, 33; les belles-lettres, 198; l'histoire, 322. Parmi les manuscrits, l'on remarque: Mémoires de J.-B. Colbert sur les ordonnances générales, 8 vol. in-4o; Mémoire présenté à M. le duc d'Orléans au commencement de sa régence, par M. de Boulainvilliers, in-4o; Réflexions sur l'histoire de France, du même, 2 vol. in-4.; Origine des parlements, du même, 2 vol. in-4o; Traité de la noblesse, du même, in-4o; Journal de la campagne de Hongrie, de 1717, in-fol.; Recueil de pièces et mémoires concernant l'affaire des princes (légitimés), avec des notes et une table, in-fol.; les Trophées et les disgrâces des princes de la maison de Vendôme, par Bonair Stuart, in-8o; Cérémonial du couronnement des ducs de Bretagne, etc.
Dans l'épître dédicatoire au comte de Toulouse, placée en tête de ce second catalogue, on lit:
«Il est heureux pour moy que ma profession me mette en état de servir V. A. S. dans le genre qui luy est le plus agréable, et j'ose dire le plus glorieux. Je veux parler des lettres et des beaux-arts que Vous alliez si parfaitement, Monseigneur, avec la science de la cour et les devoirs de la société, qu'on remarque à travers l'éclat de votre auguste Naissance, les qualitez de l'honneste homme, et l'esprit orné de l'homme de lettres. C'est ce goust qui Vous a porté à former un cabinet de livres choisis dans votre château de Rambouillet, de tous temps le réduit des Muses.»
Huit années plus tard parut un Supplément du catalogue de la bibliothèque du château de Rambouillet, s. l., 1734, in-8 de 140 pages, plus 8 pages de table des auteurs. La théologie y occupe 7 pages; la jurisprudence, 3; les sciences, 10; les belles-lettres, 45; l'histoire, 68.
Le comte de Toulouse avait une très belle bibliothèque musicale, peut-être la plus riche de son temps, dont il avait confié la garde à un musicien distingué, Philidor l'aîné. Nous trouvons la preuve de ce goût du comte de Toulouse dans le Catalogue des livres du roi Louis-Philippe, où figurent les recueils suivants:
Collection de partitions et tragédies lyriques ou opéras, 206 vol. in-4o obl., v. f. et v. m. Cette collection était en partie manuscrite et en partie imprimée. Chaque volume manuscrit avait un titre imprimé, au bas duquel on lisait: Copiez par ordre exprès de S. A. Mgr le comte de Toulouse, par Philidor l'aîné, garde de toute sa bibliothèque de musique, l'an 1703. Autres collections de Symphonies des opéras et vieux ballets de Lully, manuscrites et imprimées, 11 vol. in-4o; de Motets de Lully, manuscrits, 5 vol. in-fol.; de Motets à deux chœurs, pour la chapelle du roy, mis en musique par M. de Lully, 15 vol. in-4o obl.; de Motets de Colasse et de Minoret, 9 vol. in-4o; de Motets de M. de Lalande, 21 vol. in-4o; de Motets de Campra, 13 vol. in-4o; de Desmarets, 17 vol. in-4o obl.; de Bernier, 12 vol. in-4o; de Legrenzi, 4 vol.; de Couperin, 6 vol.; de Carissimi, 3 vol. in-4o; des Airs de violon de Matho, 1733, 3 vol. in-4o.
Le fils unique que le comte de Toulouse eut de son mariage avec Sophie de Noailles, veuve du marquis de Gondrin, marcha sur les traces de son père.
Né à Rambouillet, le 16 novembre 1725, le duc de Penthièvre eut pour précepteur l'abbé Quénel. Comme son père, il eut la charge de grand amiral. Il se montra plein de courage à la bataille de Dettinghen—il avait dix-huit ans—où il se trouva dans le feu le plus vif, et à celle de Fontenoy, où il chargea, à la tête de Fitz-James cavalerie, la terrible colonne anglaise. Dans ses études, il avait manifesté du goût pour les mathématiques, la géométrie, la physique, et suivi les cours publics du célèbre abbé Nollet, qui, un jour, se félicita publiquement de l'assiduité de son élève. Le prince, qui fut l'ami de Florian et sollicita pour lui le titre d'académicien, devait aimer les livres. Il les aima, en effet, comme le prouve l'achat qu'il fit, à la vente du duc de La Vallière, d'un fort bel exemplaire du roman de Perceforest, Paris, 1528, 6 vol. in-fol. sur vélin, avec cinq grandes miniatures, et qui provenait de la collection du château d'Anet vendue en 1724, et des Chroniques de Guillaume Cretin.
Le duc de Penthièvre avait aussi une fort belle bibliothèque à Châteauneuf-sur-Loire, ancienne propriété des Phélyppeaux de la Vrillière, qu'il avait achetée, après la vente de Rambouillet au roi Louis XVI. De son vivant, ce prince avait fait dresser les catalogues de ses diverses bibliothèques: de Louveciennes—où était mort son fils, le prince de Lamballe, en 1768,—de Châteauneuf (1786), de Sceaux (1787) qu'il avait hérité de son cousin, le comte d'Eu, en 1775. Ces trois catalogues manuscrits figuraient à la vente du roi Louis-Philippe, en 1852 (IIe partie, nos 2480-82).