Bientôt, en effet, ses paupières remuèrent, puis ses yeux, qui s'ouvrirent lentement, promenèrent autour d'elle un regard d'abord vague, qui, peu à peu, s'emplit de terreur.
Avec la raison qui reparaissait, le souvenir de la cause de son évanouissement était sans doute revenu, car elle se leva brusquement de sa chaise, et d'une voix épouvantée elle bégaya:
—Est-il parti?
—Parti!... Qui? demanda Gontran.
Au son de la voix qu'elle entendait, il est à supposer que la prudence fit regretter à Cydalise les quelques mots qui lui étaient échappés. Au lieu de répondre à la question, elle se mit à réparer le désordre de sa toilette et, tout en rajustant son bonnet, qu'elle avait ramassé sur le carreau, elle débita d'une voix qui se raffermissait de plus en plus:
—Quel mal singulier! Je ne pense à rien et, tout à coup, vlan! j'ai une syncope! Je passais sur le carré de votre étage, quand je me sentis prise d'un étourdissement. J'ai cherché à me retenir. Ma main s'est appuyée sur la porte de votre cuisine. Comme elle n'était pas fermée, elle a cédé sous mon poids et, faute d'un point d'appui, je me suis étalée sur le carreau où j'ai perdu connaissance.
Ce disant, Cydalise, tout en rajustant les brides de son bonnet, guettait sur la physionomie de Gontran quel degré de croyance obtenait son explication.
—Il faut vous soigner, ma belle fille, conseilla le jeune homme d'un air attendri.
Mais, tout en jouant la compassion, Gontran était en train de se dire que la cuisinière écorchait la vérité. Si son évanouissement avait eu lieu tel qu'elle le racontait qui donc, alors, avait refermé la porte derrière elle? Indubitablement un autre personnage avait été mêlé au début de la scène et c'était de lui que Cydalise avait parlé lorsque, en retrouvant ses sens, elle avait fort imprudemment demandé:
—Est-il parti?