—Vraiment? Le baron a-t-il donc son sosie dans quelque coin de Paris? demanda le juge dont les yeux trahissaient une inquiétude secrète.

—Comme vous dites. Et ce coin de Paris est précisément celui que vous avez habité avant de venir ici. L'homme en question demeurait si près, si près de votre ancien domicile... oh! mais, si près, qu'on pourrait dire qu'il habitait chez vous. Rien qu'un mur à franchir, et il avait le pied dans votre demeure. En un mot, il occupait une chambre dans une des bicoques qui fermaient le fond de votre jardin. Je l'avais remarqué fumant à sa fenêtre, un jour que j'étais allé vous rendre visite. N'aviez-vous jamais fait attention à ce jeune homme, vous, monsieur Grandvivier?

—Jamais! dit sèchement le juge.

Puis, s'impatientant sans doute de la prolixité du conteur, il ajouta:

—Si nous revenions à M. de Walhofer?

—Attendez donc! j'y arrive.

Après avoir repris un peu haleine, Camuflet continua:

—Muni de la carte du baron et déterminé à trouver ce personnage que je n'avais jamais vu, vous comprenez que je m'informais de lui à tous venants. Le hasard me mit en présence de M. Fraimoulu à qui j'en parlai. Justement il le connaissait pour avoir dîné avec lui, la veille, chez un de ses amis, M. Ducanif. Ce monsieur et le baron habitaient la même maison... Et M. Fraimoulu me donna l'adresse.

Ordinairement calme, froid et sachant écouter, M. Grandvivier n'était plus le même. L'impatience dont il avait déjà fait preuve s'affirma encore dans le ton avec lequel il demanda:

—Alors vous n'eûtes rien de plus pressé que de vous rendre chez le baron?