—Mauvais depuis la guerre finie, tous ces pays-là! Doublet aurait dû le savoir, débita Marcassin.

Sans s'arrêter à cet avis décourageant, le Beau-François continua:

—Seulement, Doublet était un homme prudent. Il prévit le cas où les événements nous sépareraient... ce qui est arrivé puisqu'il n'a pu fuir. Alors, par écrit, en quelques mots, il me donna tous les renseignements utiles pour me faire reconnaître par toi... Au besoin, son écriture, que tu connais, me servirait de témoignage... Or, ce billet était caché dans le collet de la veste que j'ai dû laisser là-bas... C'est ce qui me fait me réjouir d'avoir de la mémoire; car, sans elle, je n'aurais pu rien me rappeler, et, par conséquent, ne savoir où aller te trouver pour exécuter la mission que j'avais à accomplir de vive voix.

Et, en répétant de mémoire, le Beau-François débita à voix posée:

«Si la mauvaise chance nous sépare, m'a dit Doublet, tu iras en Loire, au village de Saint-Florent-le-Vieil, trouver Marcassin et tu lui diras qu'il sait ce qu'il sait et que je le prie d'exécuter ce que je lui ai demandé pour le cas où je viendrais à mourir.»

Là-dessus, le Beau-François éclata d'un gros rire, en s'écriant:

—Voici la commission faite, et du diable si j'en comprends un traître mot.

Était-ce pour provoquer une explication? En ce cas, le Chauffeur manqua son but, car le Marcassin demanda:

—Puisque ta commission devait se faire de vive voix, pourquoi m'as-tu écrit au lieu de venir me trouver?

—Eh! eh! ricana François, parce que, après mon évasion, il faisait trop malsain pour moi sur les grandes routes, où mon signalement était donné. Mieux valait attendre que la surveillance s'endormît, et je suis resté six mois bien en sûreté, dans la cachette de l'auberge des Buchard... Quand j'ai pensé que je pouvais mettre le nez dehors, je t'ai écrit pour te donner rendez-vous à la Biche-Blanche, où je m'acquitterais de la commission de Doublet.