Le lendemain, sur les deux heures de l'après-midi, moment où chaque jour, le Marcassin venait prendre les ordres de la comtesse, le fidèle métayer se trouvait dans l'espèce de petit salon boudoir, qui précédait la chambre à coucher de la belle Clotilde.
Il se tenait debout près de Gervaise qui, assise près d'une fenêtre, s'occupait d'un travail à l'aiguille.
—Ainsi, petite nièce, madame de Méralec n'est pas visible? demandait-il.
—Non, mon oncle. La comtesse, quand je suis entrée aujourd'hui, de bon matin, dans sa chambre, m'a annoncé qu'elle avait passé une nuit blanche. Le sommeil a dû lui venir dans la matinée, car elle n'a fait aucun appel... Je me fais donc un devoir de ne pas troubler son repos, à moins d'un motif urgent.
En écoutant la jeune fille, son oncle avait levé les yeux vers la fenêtre qui lui faisait face.
—Alors, fillette, reprit-il, je crois qu'il te va falloir réveiller ta maîtresse, car ce «motif urgent» dont tu parles m'a tout l'air d'arriver là-bas à cheval.
Ce disant, Cardeuc montrait du doigt la campagne qu'on voyait, par la fenêtre, s'étendre à perte de vue, coupée par une route poudreuse qui, faisant le coude, au loin, derrière un fort bouquet d'arbres, conduisait du bord de la Loire au château de la Brivière.
De derrière le bouquet d'arbres avait débouché un cavalier dont la monture arrivait ventre à terre.
—Mais, c'est le général! fit Gervaise.
—Et, tu vois, il est pressé d'arriver. Ce serait donc cruel de le faire attendre. Va prévenir ta maîtresse, mon enfant; elle ne pourra t'en vouloir.