—J'ai eu et j'ai encore la conviction que celui qui a tué le cheval devait être un gendarme.
À cet aveu que jusqu'à ce jour Bondu avait gardé au fin fond de lui-même, ses quatre auditeurs éclatèrent ensemble d'un rire moqueur.
—Ma foi! oui, brigadier, vous avez fort bien fait de n'en souffler mot au lieutenant. Comme vous l'avez dit, il vous eût cru le cerveau pas mal fêlé, ricana Lambert.
Malgré cette plaisanterie, que les autres avaient approuvée d'un nouveau rire, le brigadier continua d'un ton convaincu:
—Oui, j'en donnerais ma main à couper, l'homme devait être un gendarme. Cette nuit-là, nous avions nos chevaux à l'écurie. Ma monture et celle de Potain sont des bêtes rétives et farouches. Si celui qui a pénétré dans l'écurie n'avait pas été connu de ces animaux, ils n'auraient pas manqué, surpris par cette visite nocturne, de faire un vacarme des cinq cents diables qui nous eût réveillés, eussions-nous dormi comme des pots. Or, si les chevaux n'ont pas bronché, c'est qu'ils connaissaient l'individu... c'est que le particulier a dû les calmer par une caresse les deux fois.
—Comment ça, les deux fois? releva Lambert étonné.
—Oui, quand il a fait sortir de l'écurie la rosse de Doublet et qu'il l'y a ramenée.
—Qu'est-ce que vous nous contez là, brigadier. Où allez-vous chercher votre sortie et votre rentrée du cheval de Doublet? L'homme s'est simplement glissé dans l'écurie et il a empoisonné l'animal... C'est simple comme bonjour à deviner. Pourquoi, diable! avoir de pareilles imaginations? appuya Lambert.
Mais le brigadier demeura tenace en son dire.
—Je suis certain de ce que j'avance, insista-t-il.