—Oh! oh! certain... au moins vous aurait-il fallu une preuve? avança un autre écouteur.
—Mais justement, je l'ai, cette preuve... Elle est dans le second détail dont je vous ai parlé.
—Que si vous faisiez la plaisance de la dire, nous aurions la délectance de l'écouter, proposa Fichet, que le vin de Doublet poussait à choisir ses termes.
—Quand, le lendemain, le lieutenant Vasseur ordonna de débarrasser l'écurie du cheval mort, ce fut moi qui me chargeai de ce soin. Alors, je remarquai que les flancs de la bête avaient été labourés à coups d'éperon... les blessures étaient fraîches.
Il y eut dans l'auditoire, surpris par cette révélation, un moment de silence qui fut rompu par cette demande de Fichet, toujours en veine de belle élocution:
—D'où vous conclusionnez, brigadier?
—Que l'inconnu, avant de tuer le cheval, avait dû l'utiliser pour se rendre vers un endroit si éloigné qu'il lui a fallu, afin d'être de retour avant la fin de la nuit, surmener sa monture avec l'éperon.
—Quel pouvait être cet endroit? dit Lambert.
—Je m'en doute, avança le conteur.
—Si vous nous l'insufliez pour notre allégeance? demanda Fichet.