—Je ne t'ai jamais aimé!
Foudroyé par cette révélation, je tombai inanimé sur le tapis.
Quand je revins à moi, j'étais étendu sur le carré où elle et sa camériste m'avaient traîné, devant cette porte, à toujours fermée pour moi, et que, pendant deux années, j'avais tant de fois franchie avec une si douce émotion.
Je mis quinze jours à me relever de la congestion cérébrale qui m'avait terrassé. Mieux eût valu mourir, car, avec la santé, vinrent toutes les effroyables tortures du terrible amour que cette femme m'avait inspiré. Jour et nuit, je pensais à elle, rien qu'à elle, toujours à elle. Je me sentais devenir fou au souvenir des ardentes caresses qu'elle m'avait prodiguées et, en me les rappelant, je me répétais qu'il était impossible qu'elle n'eût pas menti en disant ne m'avoir jamais aimé.
Je voulus m'enfuir bien loin de la redoutable sirène qui m'avait envoûté. Je reconnus que, comme l'air qu'on respire, elle était devenue indispensable à mon existence. Je me sentais méprisable à ne pouvoir secouer cette passion, mais elle me rendait lâche. Ma raison ne pouvait lutter contre mes sens brûlés par la ressouvenance incessante de tant de nuits voluptueuses. Incapable de me soustraire à ma destinée, qui m'avait rivé à cette femme, je revins donc frapper à sa porte, bien certain pourtant qu'elle me serait refusée.
Contre mon attente, je fus reçu.
—À quoi bon revenir, puisque tu n'as plus le sou? me dit-elle brutalement.
Et comme j'exprimais l'espoir de sortir de ma misère et de reconquérir une fortune, elle éclata d'un rire moqueur.
—Reconquérir une fortune, continua-t-elle; avec quoi, vicomte? Tu ne sais faire oeuvre de tes dix doigts. Ne me débite donc pas de balivernes.
—Je travaillerai.