J'étais ému au plus profond de mes entrailles. Moi, militaire, auquel il avait fait une insulte si grave, je ne me sentais pour lui que pitié et pardon. Je n'y pus résister. Au moment où il allait sortir, je lui tendis la main en disant:
—Monsieur le vicomte, tenez comme sans but la visite que vous fera ce matin mon témoin, le marquis de Coméran.
Un sourire de tristesse parut sur ses lèvres, et il prononça à mi-voix, semblant se parler:
—C'est vrai, j'avais aussi ce moyen d'en finir!
Et tout en serrant ma main dans la sienne, moite d'une sueur glacée, il me dit:
—Merci, monsieur, pour votre pardon généreux.
Puis, sans un mot, sans un regard pour celle qui l'avait perdu, il quitta la chambre.
Suzanne et moi nous restâmes en présence, muets tous deux, écoutant le bruit du pas lent du vicomte qui traversait l'appartement.
Il ne s'entendait déjà plus que nous n'avions pas encore retrouvé la parole. Mes yeux étaient tournés vers Suzanne, mais je ne la voyais pas. À mon regard apparaissait toujours ce jeune homme qui venait de me quitter.
Tout à coup, une détonation retentit dans la rue, au pied de la maison.