Je courus à la fenêtre.
M. de Biéleuze venait de se tirer un coup de pistolet sous les croisées de la courtisane.
Saisi d'horreur, je me retournai vers Suzanne, qui avait dû comprendre la catastrophe, m'attendant à trouver sur son visage quelque marque de remords et de commisération.
Jugez de ma surprise inouïe.
Elle venait de retirer son peignoir. Sous sa chemise de linon transparent, elle se montrait à moi dans sa splendide nudité de la plus belle des statues.
Elle me sourit et, en m'ouvrant ses bras elle me dit, d'une voix chaude des plus luxurieuses promesses:
—Toi, je t'aime. Viens!
À la vue de cette fille sans coeur qui, pour ainsi dire, s'offrait à moi sur le cadavre de son amant, je sentis mon coeur déborder d'un insurmontable dégoût. Pour qu'elle comprît bien le sentiment qu'elle m'inspirait, je bondis vers elle, et comme elle tendait son visage à mes baisers, je lui rendis l'insulte que j'avais reçue du vicomte.
Je lui crachai à la face.
Puis je m'enfuis plein d'horreur pour cette épouvantable créature.