J'achevais ma recherche quand le bruit de la porte qui s'ouvrait me fit lever les yeux dans cette direction. C'était le domestique Croutot qui venait de reconduire le docteur.

Était-ce la préoccupation de cette lettre disparue qui me tenait par trop, mais il me sembla que le premier regard de l'avorton, en entrant, était tombé sur la table, où tout à l'heure étaient les lettres, actuellement dans mon portefeuille.

Ce regard, pourtant, n'eut que la durée de l'éclair. Il se dirigea aussitôt sur le cadavre du vicomte. Je vis alors des larmes briller dans les yeux du valet qui gémit d'un ton désolé:

—Mon pauvre maître!

Éclatant en sanglots, il vint au lit, et, pieusement, prit le soin, que j'avais omis, de fermer les yeux du défunt.

Malgré cette affection profonde témoignée par le nabot, le soupçon me vint que c'était lui qui, peut-être, avait fait disparaître la lettre de Julie. La crainte, en me trompant, de froisser le dévouement de celui que M. de Biéleuze m'avait paru estimer comme un fidèle serviteur, me fit prendre un biais pour arriver à mon but.

—Il faudrait, pour l'enterrement, prévenir la famille, dis-je au domestique.

—La famille? répéta-t-il. Était-ce qu'une indigne liaison faisait négliger sa famille à M. le vicomte? ou était-ce que sa famille le repoussait à cause de cette même liaison? Je l'ignore. Mais le fait est que, depuis bientôt deux ans que je suis entré à son service, je n'ai jamais vu entrer ici quelqu'un se disant de sa famille.

—D'où était le vicomte?

—Des environs de Beaupréau, en Loire. Toutes ses terres, qu'il a vendues à la file, confinaient au domaine d'un de ses oncles, le marquis de Brivière, parti en émigration.