Ce fut donc d'une voix pleine de suffisance heureuse qu'il reprit, le sourire aux lèvres:

—Mais quel danger menaçait donc cette personne qui vous est chère?

—Vous le comprendrez quand je vous aurai appris le vrai nom de celui qui s'introduisait dans le château en se faisant passer pour comte de Méralec.

—Dites ce nom.

—Il s'appelle Coupe-et-Tranche, déclara Suzanne, dont la voix trembla de peur au nom du bandit redoutable.

À ce nom, de l'autre côté de la cloison où il était aux écoutes, le
Notaire fut secoué par un élan d'admiration.

—Bravo! pensa-t-il, l'adroite mâtine lui attache une ficelle de rude longueur!!!

En somme, le patriarche n'était qu'un auteur applaudissant sa propre pièce, puisque l'idée de faire passer Meuzelin pour le fameux chef des Chauffeurs était de lui. Mais comme il n'est défendu à personne de se trouver plus d'esprit qu'à quiconque, il reprit en se frottant les mains:

—Oui, elle a attaché une jolie ficelle à son pantin. Reste à savoir comment elle saura le faire danser. Si elle s'y prend bien, le général, avant une heure, aura fait loger douze balles dans le ventre du policier… Pas moyen que le gueux en réchappe!

—D'autant mieux qu'il est sous clef. On n'aura qu'à le retirer de la prison où Labor l'a fait enfermer après la fausse dépêche qui lui en intimait l'ordre, ajouta Cardeuc qui partageait la satisfaction du Notaire.