Les deux coquins étaient dans la joie de leur âme à la pensée de la prochaine exécution du policier. Ils croyaient déjà l'entendre protestant de toutes ses forces devant le peloton qui, malgré tout et suivant la consigne, coucherait le condamné sur le carreau.

—Son affaire sera toisée, en dépit de tout ce qu'il pourra dire, si, au moment de la fusillade, Labor ne se trouve pas sur le terrain de l'exécution pour se laisser embobiner par ses jérémiades, avança Cardeuc.

—Suzanne, espérons-le, saura retenir le général, riposta le Notaire.

Il achevait quand, tout à coup, il dressa l'oreille en disant avec surprise:

—Qu'a-t-il donc à brailler ainsi, notre militaire? Est-ce qu'il a avalé un clou?

Labor, en effet, menait beau tapage.

En apprenant que celui qu'il avait pris pour le comte de Méralec et avec lequel, une heure auparavant il causait encore, n'était autre que Coupe-et-Tranche, le général était d'abord resté abasourdi.

Puis, au souvenir de ce qui s'était passé, il était devenu furieux. Piétinant sur place avec ses grosses bottes, il bégayait d'une voix que la rage étranglait dans sa gorge:

—Cent millions de tonnerres!… Plus bête qu'un âne!… La dépêche ordonnait… moi, parole donnée! Je tenais ce sacripant! je l'avais sous la main!… et maintenant, va te faire lanlaire!!!

Et, en proie à une crise de colère bleue, il répéta comme un insensé: