—Plus bête qu'un âne!
À la vue du général se démenant de la sorte et piaillant de si étrange façon, Suzanne avait senti un fou rire lui monter aux lèvres. Elle parvint à le dominer et, donnant à son visage un air douloureusement étonné, elle demanda d'une voix inquiète:
—Qu'avez-vous donc, général?
—J'ai que je suis plus bête qu'un âne, redit-il.
Puis, jugeant que son explication était insuffisante, il fit un effort pour retrouver son sang-froid et débita d'une haleine:
—Apprenez que je viens de commettre une bêtise énorme!
—Vous m'étonnez! fit Suzanne, comme si on lui avançait une chose incroyable.
—Oui, continua le général, une bêtise monstrueuse! Ce matin, j'ai reçu de Paris une dépêche qui m'ordonnait de flanquer mon gueusard dans un cachot… Devinez ce que j'ai fait!
—Vous avez obéi, dit la comtesse d'un ton hésitant, car elle pressentait quelque anicroche.
—Obéi? Ah! ouiche! fit Labor, se reprenant de colère… Non, j'ai joué aux belles manières! Croyant m'adresser à un vrai comte de Méralec, je me suis contenté de lui demander sa parole de gentilhomme de ne pas quitter le château… Gentilhomme! Quel fichu imbécile j'ai dû lui sembler être quand il m'a donné sa parole, le bon apôtre!