—Et vous allez rejoindre vos troupes à Ingrande pour ne plus revenir au château? Ce sont sans doute vos adieux que vous m'apportez ici? avança-t-elle à tout hasard.
—Mes adieux? non pas, comtesse. Pouvais-je m'attendre à vous rencontrer ici, vous que je croyais dormant au château, comme venait de me l'annoncer le drôle qui se prétendait votre époux.
—Alors, quelle cause vous a conduit ici?
Le général arrondit les bras, fit ses yeux en coulisse et modula sur l'accent galantin:
—Votre pensée, comtesse. Je m'en allais à la tête de mes escadrons quand, à la vue de la métairie, l'idée m'est venue de charger Cardeuc d'une commission pour vous, à qui votre sommeil m'avait empêché, au départ, de présenter mes respects.
—Quelle était cette commission?
—Je voulais vous faire avertir par votre métayer que la parole donnée par celui qui se disait comte de Méralec ne concernait que lui et n'entravait en rien votre liberté. Vous demeuriez maîtresse de sortir du château pour aller où bon vous semblerait.
Et, persuadé qu'il parlait à une femme folle de lui, Labor fit la roue en disant avec son énorme fatuité:
—Même à Ingrande, si le coeur vous disait.
Peu à peu il s'était rapproché de Suzanne. Aux paroles, il joignit le geste en passant prestement le bras autour de la taille de la jolie femme qu'il attira sur sa poitrine en répétant, le regard langoureux et la voix tendre: