Il n'y avait pas à s'y tromper pour Suzanne. Le Marcassin lui indiquait qu'il fallait faire revenir la garnison. Si elle restait à la métairie, on aurait toujours Labor sur le dos. Il gênerait la bande, dont la ferme était le quartier général. Au château, elle tiendrait mieux son soupirant sous sa coupe, sans compter que la troupe qui s'immobiliserait à la Brivière serait autant de distrait des forces dont disposait le général.

Pour mieux se faire comprendre à demi-mot de Suzanne, Coupe-et-Tranche insista:

—Oui, les soldats, en revenant, feraient une jolie rafle des
Chauffeurs.

—Crois-tu? fit Labor, mordant à l'hameçon.

Il eût été bien difficile de deviner que la courtisane venait à la rescousse du métayer, quand elle dit d'une voix résignée:

—À quoi bon? Ne serait-ce pas déplacer inutilement vos troupes?
Pensez-vous que Coupe-et-Tranche aura attendu leur retour?

—Pourquoi pas? Le gredin qui me croit toujours sa dupe, se figure que je vais le laisser libre à perpétuité dans le château sur sa parole de comte de Méralec.

Suzanne secoua sa tête charmante en femme que cette raison ne persuadait pas.

—Il aura dû s'enfuir. L'ordre de ce matin, m'avez-vous dit, commandait d'enfermer le comte de Méralec. Il aura jugé bon de ne pas attendre une nouvelle dépêche qui lui apporterait plus mauvais encore, et il a décampé.

—Alors, s'il est parti, vous pouvez rentrer à la Brivière, objecta logiquement le général.