—Oui, mais je tomberais dans les mains du scélérat une belle nuit qu'il se serait introduit dans le château que les soldats ont abandonné.

—Donc, laissez-moi y ramener une garnison, articula Labor en retournant l'argument.

Le meilleur moyen de se faire arracher un oui était de dire non. Suzanne ne s'en fit pas faute.

—Non, non, fit-elle. Laissez vos soldats à leur cantonnement d'Ingrande. N'ai-je pas pris le parti le plus prudent en venant me réfugier sous le toit de mon fidèle serviteur? Je n'ai pas ici toutes mes aises, il est vrai; mais à la guerre comme à la guerre!… Je prendrai mon mal en patience jusqu'à ce que vous ayez fait fusiller le drôle qui a osé se jouer de vous en se disant mon époux.

—Ce ne sera pas long! gronda le soldat dont la bile se remua au souvenir qu'il avait été berné.

—Oh! pas long? répéta Suzanne, il faudrait d'abord tenir votre homme qui, à cette heure, court les champs. Je crois bien qu'il vous faudra aller le chercher maintenant au milieu de sa bande.

—Cette bande, un habile homme me l'amènera sous la main. Il m'a été désigné par la dépêche que j'ai reçue ce matin, affirma Labor avec une assurance dédaigneuse.

Suzanne et le métayer, en entendant parler de la dépêche, avaient échangé un coup d'oeil. Il ne pouvait s'agir que de Croutot dont ils avaient écrit le nom dans la missive.

—Ah! fit la courtisane, un habile homme, dites-vous? Il vient sans doute de Paris?

—Non, il est du pays. C'est un nommé Croutot.