—Oui, mon père! lâcha Labor subjugué par tant de majesté.
Une minute après, remonté à cheval, il courait à franc étrier sur la route d'Ingrande.
Il venait de partir quand entra Sans-Pouce pour dire au métayer:
—Court-Talon est arrivé et il demande à vous parler au sujet du
Beau-François.
Court-Talon, Chauffeur émérite, qui, dans le jour, se transformait en tireur de sable des bords de la Loire, était un gars rusé qui mangeait à deux râteliers ou, pour mieux dire, qui, faisant déjà partie de la bande de Coupe-et-Tranche, s'était, sur l'ordre de ce dernier, enrôlé dans la troupe du Beau-François. Il était l'espion du Marcassin qui, s'étant juré de se débarrasser du colosse, assez osé pour venir chasser sur son domaine, avait besoin d'être informé de tous les pas de son rival.
—Qu'y a-t-il donc? demanda-t-il à Court-Talon, qu'il interrogea en présence du Notaire.
—Il y a que le Beau-François a disparu. Hier soir, il est parti en aventure avec trois gars, annonçant qu'il serait de retour vers le milieu de la nuit. Ce matin, il n'a pas reparu. Alors on s'est mis à sa recherche…
—Oh! oh! interrompit Cardeuc en ricanant; quels dévoués que les hommes du Beau-François, pour s'alarmer ainsi!
—Ah! je vais vous dire, fit Court-Talon en souriant à son tour: ce n'est pas du dévouement qu'ils éprouvent pour lui, c'est bel et bien de la méfiance. Ils ont dans l'idée que le géant s'apprête à lever le pied en emportant le magot et en les abandonnant dans le gâchis.
—On s'est donc mis à sa recherche? répéta le métayer pour le ramener à son sujet.