Il rôda devant la grille d'honneur. La solitude de la cour et, dans les communs qui la bordaient, les portes des écuries tout ouvertes lui prouvèrent le départ des troupes.
Mais ce silence n'était-il pas un piège pour attirer des visiteurs incongrus à qui on ménageait un accueil par trop rude? Ne se pouvait-il pas que les soldats fussent massés dans le parc, attendant l'heure d'exercer l'hospitalité à coups de fusil?
Il résolut d'inspecter le parc en y pénétrant par quelque brèche de la clôture et, en conséquence, il suivit la muraille en quête d'un point d'escalade.
Au bout d'un quart d'heure de marche il s'arrêta devant une lézarde dont les pierres saillantes formaient une sorte d'échelle pour grimper. Il fut bien vite de l'autre côté du mur, et, marchant avec précaution, l'oeil au guet, l'oreille, en éveil. À son centième pas, il tomba en arrêt et se tint immobile.
D'un taillis touffu qui se dressait sur sa gauche, sortait une voix assourdie qui grognait hargneusement:
—Ce n'est pas grave, mais il faudrait bander la plaie pour arrêter le sang… Et j'ai laissé mon mouchoir dans le bec du Croutot dont j'ai aussi entouré la tête avec ma cravate.
Et la voix enfila une kyrielle de jurons de douleur et de colère.
—C'est l'organe du Beau-François se dit Court-Talon.
D'aller droit au chef il se garda bien. Tout au contraire, dépassant le taillis, il s'avança toujours, mais négligeant ses précautions de prudence, pour que le colosse, en l'entendant, crût l'avoir aperçu le premier.
—Court-Talon! appela aussitôt le géant.