Elle mit l'écrit dans la poche de son tablier; mais au lieu de la porter tout de suite, elle courut servir une nombreuse bande de jeunes gens, déjà un peu avinés, qui venaient de faire irruption dans la salle en réclamant à boire.
—Où me logez-vous pour cette nuit? demandai-je à l'hôtelier quand, sous ma dictée, il eut enregistré la déclaration de mes noms et qualité.
—Chambre nº 4, me dit-il.
Ensuite, en riant:
—Et vous savez, reprit-il, si, par hasard, votre voisine la comtesse a peur d'être seule la nuit, il ne tiendra qu'à vous de faire cesser son isolement, car les deux chambres ont une porte de communication.
Je pris la clé et le bougeoir qu'il m'offrait, puis je gagnai ma chambre dans laquelle je m'introduisis le plus doucement possible pour ne pas effrayer la comtesse malade. À quoi bon lui donner l'inquiétude de savoir qu'il y avait un homme de l'autre côté de cette porte de communication qu'un verrou, à la vérité, condamnait dans chaque chambre, mais qui n'aurait pas résisté au plus petit coup d'épaule?
Je venais de retirer ma veste quand j'entendis marcher dans le couloir. C'était la servante qui, après ses clients d'en bas servis, venait glisser la lettre sous la porte. Elle frappa un petit coup en disant:
—Il y avait une lettre, madame la comtesse, et je vous l'apporte.
Faut-il vous la passer sous la porte?
—Vous m'obligerez, mon enfant, répondit madame de Biéleuze qui, sans doute, occupée à sa toilette de nuit, ne voulait pas ouvrir.
Le pas lourd et pressé de la servante qui s'éloignait alla en s'affaiblissant, puis j'entendis la comtesse s'approcher de la porte pour ramasser le pli.