—D'autant mieux que je connais l'individu. Un tout petit homme qui est de Beaupréau, où je l'ai vu traîner la savate avant son départ pour la capitale… Seulement, Paris est grand. Où le cocher a-t-il dit que je trouverais son cousin?

—Il ne m'en a pas soufflé mot, avoua l'aubergiste.

Il eut un moment la velléité d'aller réveiller Garnier, mais il se ravisa:

—Bast! bast! fit-il, partez tout de même. Tant pis pour lui! Hier, quand il m'a parlé de son cousin, il était déjà si ivre qu'il ne se souviendrait pas de m'avoir donné la commission.

Trois jours après, j'arrivai à Paris où je descendis rue Salle-au-Comte, à l'auberge de l'Âne-d'Or.

Vous comprenez que j'avais un peu oublié le but premier de mon voyage, celui de m'informer de la récente invention du tannage des cuirs par les procédés chimiques qui menaçait mon industrie. Je ne pensais qu'à madame de Biéleuze et à ses étranges et à peu près inintelligibles dernières volontés que la mort m'avait empêché de m'expliquer.

La comtesse venait-elle bien à Paris pour le soin de sa santé? Je le supposais, mais en même temps, j'étais convaincu que son voyage avait un double but. Elle arrivait aussi pour voir le notaire Aubert à qui la liait un intérêt mystérieux et de telle importance, qu'elle avait été frappée à mort par la nouvelle de l'exécution du tabellion.

Le portefeuille, que j'avais consulté, m'avait vaguement éclairé. Évidemment, un mot m'eût suffi pour deviner tout; mais ce mot me manquait et il me fallait le chercher.

De ces dernières paroles que la comtesse avait balbutiées en sa crise suprême, bon nombre se dressaient en énigme devant ma mémoire.

«Mon fils sait tout au sujet de Julie… Le pavillon rustique… Enfoui là…» Tout cela était de l'hébreu pour moi.