—Jamais seul! répéta le portier.
Le jeune homme ne voulut pas avoir le dernier mot et il reprit en raillant:
—Même quand il dort?
—Jamais seul! appuya le portier.
Puis il articula cette laconique explication à l'appui de son dire:
—Attendu que Me Taugencel est soumis à un ange gardien.
—Ah! vraiment? fit le questionneur que cette réponse, inintelligible pour moi, parut convaincre et qui s'en alla sans plus insister.
Après son départ, je demandai au portier, alléguant mon ignorance de provincial, de m'apprendre ce qu'était un ange gardien. Quand je le sus, je regagnai mon auberge, fort désappointé en songeant combien ce que j'avais à dire au notaire n'avait pas besoin de tomber dans l'oreille d'un tiers.
Je n'avais plus mon libre arbitre. Cette grave et triste mission qui m'était échue si inopinément m'obsédait. Elle était ma préoccupation de tous les instants. Il me tardait, d'une façon ou d'une autre, d'en avoir fini. Bien qu'un pressentiment m'avertît qu'il y avait danger à m'en remettre trop franchement à ce notaire Taugencel, je n'y pus tenir et, au bout de deux jours, je repris le chemin de l'étude.
Cette fois, le portier m'assura que je trouverais le patron en son étude.