En entrant dans l'étude, je pris mon tour d'attente après quelques clients qui m'avaient précédé. Un à un, avant moi, le notaire devait leur donner audience dans son cabinet où, en ce moment, il recevait le premier arrivé.

Comme je venais de m'asseoir, ce premier client sortit du cabinet du notaire, accompagné par ce dernier qui, traversant l'étude à son côté, le reconduisit jusqu'à la sortie.

Après avoir fermé la porte derrière le partant, quand le notaire se retourna, je me sentis plein de confiance à la vue de sa tête respectable, aux cheveux presque blancs, car il approchait de la vieillesse.

Mon examen fut interrompu par un incident qui détourna brusquement mon attention. Derrière le tabellion et le client, était sorti du cabinet une sorte de nain qui marchait sur les talons de Taugencel. Il s'était arrêté en même temps qu'eux à la porte, écoutant les adieux; puis, lorsque le notaire avait rebroussé vers son cabinet, où s'était déjà installé celui des clients dont c'était le tour, le petit homme avait aussitôt emboîté le pas au tabellion et, derrière lui, il était rentré dans le cabinet dont la porte s'était refermée sur eux. Ce fut seulement à la rentrée dans le cabinet, lorsqu'il referma la porte derrière Taugencel, que je pus entrevoir son visage.

—C'est Croutot! me dis-je, fort étonné, en reconnaissant le vaurien que j'avais vu jadis traînant ses allures louches dans les rues de Beaupréau et pour qui son cousin Garnier, à Laval, m'avait fait transmettre, par l'aubergiste, la commission de le prévenir de sa prochaine arrivée à Paris, mais en oubliant de me donner l'adresse du pygmée.

Ainsi donc Croutot était ce qu'on nommait l'ange gardien de Taugencel, chargé de ne jamais le quitter d'un pas. Il exécutait sa consigne avec une conscience et une ténacité hors ligne. Dix clients défilèrent avant moi et, dix fois, je vis le nain escortant le tabellion à chacune de ses sorties du cabinet. Taugencel n'aurait pas eu le temps de dire: flûte! sans être entendu par celui que la loi attachait à sa personne.

Enfin mon tour arriva!

Je croyais n'avoir pas été reconnu par le nain qui, à toutes ses allées et venues par l'étude à la suite du notaire, ne m'avait fait aucun signe.

Pourtant, à peine fus-je assis dans le cabinet que ce fut lui qui, avant que Taugencel pût parler, m'adressa la parole:

—Comment va le citoyen Pitard?