Alors il me montra le notaire, en ajoutant d'une voix qui semblait peser sur les mots:

—Le citoyen est établi à Beaupréau.

—À Beaupréau! répéta Taugencel avec une sorte de vivacité qui m'étonna à ce point que je me retournai vers Croutot pour lui demander, du regard, compte de cette intonation étrange.

Mon mouvement avait été si rapide que je surpris un clignement d'oeil par lequel Croutot rappelait le tabellion à la prudence.

Il est des circonstances, dit-on, où un rien vous met sur le qui-vive. Il en fut ainsi pour moi qui, en une seconde, fus éclairé par une remarque soudaine.

Il aurait dû arriver que Taugencel, irrité par cet espion qui, de jour et de nuit, était attaché à sa vie, eût pour lui une haine sourde qui lui rendît sa présence odieuse. Pas du tout! Rien qu'à ce clin d'oeil de Croutot, ma méfiance me les montra s'entendant comme deux larrons en foire.

Tout à l'heure, j'avais été, de prime abord, séduit par l'air vénérable de Taugencel. À présent, que la prudence aiguisait mon observation, je relevai son air faux et ses yeux rusés.

—En quoi puis-je vous être utile, citoyen Pitard? me demanda-t-il d'un air doucereux.

Je trouvai immédiatement mon thème.

—Je viens pour vous demander une adresse.