En conséquence, le Beau-François avait jugé parfaitement inutile d'avertir sa maîtresse de la révélation que contenaient ces lignes, se disant que si un bon lopin en devait résulter, mieux était qu'il fût seul à le rafler.

Aussi, à sa visite suivante, quand il avait voulu retirer le papier des mains de Césarine pour qu'elle ne pût s'en faire donner lecture par un autre et que la Faublin, qui l'avait vainement cherché dans sa chambre, lui avait avoué qu'elle soupçonnait Croutot de l'avoir volé, le colosse avait gardé sa discrétion prudente à l'égard de cette fille, tout en se promettant de repincer plus tard l'avorton.

Au bout de deux années écoulées, le Beau-François, devenu chef de la bande d'Orgères, avait eu son temps si bien occupé, qu'il avait négligé de suivre ce qu'il avait appelé «l'affaire Julie». Puis, un beau jour, un revenez-y d'amour l'avait pris pour la Faublin, dont il s'était séparé et qui était retournée en son pays. En plus de la femme qui lui tenait au coeur, le géant avait apprécié, en Césarine, une audace et une rouerie qui en faisaient une auxiliaire des plus émérites pour sa bande et il était venu la relancer en son village de Saint-Florent-le-Vieil.

Alors, il s'était trouvé en présence de Julie et, durant les trois journées de son séjour chez la Faublin, chaque fois qu'il avait pu surprendre la jeune fille à l'écart, il avait cherché à tirer d'elle une révélation sur ce secret dont il n'avait soufflé mot à sa maîtresse.

De ces sortes de conciliabules, auxquels sa répulsion pour le colosse avait poussé Julie à se soustraire, était née la terrible jalousie de Césarine. La fatalité avait voulu que la pauvre fille, rentrant à la chaumière après en avoir cru François parti, le rencontrât dans le chemin creux. De là était résulté le drame dont elle avait été victime, drame commencé par Césarine et achevé par l'aimable Croutot.

Quand, une semaine plus tard, on retrouva le cadavre de Julie, entraîné par le courant de l'eau à plus de trois lieues de l'endroit du crime, il y avait déjà cinq jours que la Faublin, après avoir vendu sa chaumière, était partie pour rejoindre le Beau-François au pays chartrain, qu'il exploitait avec sa bande.

La place restait donc bien nette à Croutot. Nul ne pouvait plus l'inquiéter dans la recherche des millions d'Aubert.

Comment le nabot découvrit-il une des issues extérieures des souterrains du château? Je l'ignore; mais la vérité est que, trente fois, il s'est glissé, la nuit, dans le dédale dont il a interrogé chaque mur, sondé partout le sol sans pouvoir arriver à découvrir l'endroit où devait avoir été enfoui le magot.

Cependant, je m'étais présenté à lui. Inutile de vous dire la fort vilaine figure qu'il fit à celui qu'il croyait encore au bagne de Rochefort et avec lequel, en cas de réussite, il allait falloir partager ces écus qui lui donnaient tant de mal à dénicher.

Il eut pourtant l'air de s'exécuter de bonne grâce: