Au premier contact, la figure du croupier révéla un étonnement profond.

—C'est la vérité! avoua-t-il.

Le voleur s'était dressé debout, tout convulsif et, soit qu'il étouffât, soit qu'il voulût braver la foule, il avait brusquement arraché son masque. Son visage apparaissait livide, contracté par un désespoir incommensurable. Ses deux grands yeux, à demi fous, fixaient le vide comme s'il eût mesuré la profondeur du gouffre d'infamie qui s'ouvrait devant lui.

Je ne pouvais me nier que ce malheureux eût triché; mais j'avais la conviction qu'il était la victime d'une de ces terribles machinations qu'on appelle vengeance de femme. À n'en pas douter, il savait d'où lui venait le coup qui lui coûtait l'honneur. Mais c'était une femme et il dédaignait de se venger. Du reste, le flagrant délit n'était-il pas là pour lui interdire toute parole de défense.

À la vue de cet homme foudroyé par une fatalité contre laquelle, j'en étais convaincu, il avait dû combattre énergiquement avant de succomber, je sentis naître en mon coeur une profonde pitié pour le malheureux.

Alors j'eus la folie d'une idée généreuse.

Parmi tous ces spectateurs que le masque lui faisaient inconnus et qui allaient répandre par la ville la nouvelle de son ignominie, je voulus lui prouver qu'il comptait, sinon un ami, tout au moins un juge indulgent.

Je retirai mon masque.

Par malheur, il en fut autrement que je l'avais espéré, et j'eus la preuve que c'était bien Suzanne qu'il rendait responsable de son malheur. En voyant mon visage, il me reconnut pour l'homme au bras duquel, il y avait vingt minutes, s'appuyait la jolie femme.

Il crut à une bravade de ma part. Mon action généreuse lui sembla une sorte d'avis, par moi donné, que, devant la femme, il y avait un homme qui saurait la défendre contre toutes représailles.