—Si le cousin marié est le plus maigre, je suis enfoncé! pensa-t-il avec désespoir.
N’ayant d’autre souci que de s’admirer en sa toilette nouvelle, Timoléon n’avait nullement remarqué l’agitation douloureuse de son fournisseur. Quand, satisfait de se voir si flambant neuf, ses regards se tournèrent vers le tailleur, celui-ci, encore mal remis, eut pourtant la force de trouver le sourire dont il accompagna ces mots:
—Il paraît que la maigreur est de famille chez les Polac.
—C’est à le croire. Il y a six mois, je ne sais plus à quel propos, mon cousin et moi, nous avons eu l’idée de nous peser.
—Et? fit Bokel que l’angoisse, qui lui serrait la gorge, empêcha d’achever sa question sur le résultat de cette pesée.
—Je l’ai emporté sur lui de 27 livres, déclara Timoléon.
Bokel ferma les yeux et se retint à la table. Le pauvre obèse se sentait près de s’évanouir.
—Malheur! malheur! se disait-il, c’est le cousin marié qui est le plus étique! O mon beau rêve!
Mais, subitement, comme le naufragé qui s’accroche à tout, il se redressa en entendant Polac ajouter:
—Aujourd’hui, Dumouchet doit m’avoir rattrapé ou peu s’en faut.