—Et, étant assis, savoir combien je pèse, dit le tailleur en montrant du doigt, à vingt pas de là, une bascule à fauteuil dont une vieille femme était en train d’épousseter les housses en calicot rouge.

—Allons! prononça Timoléon, jugeant inutile de s’opposer à cette lubie du poussah de se peser en plein air.

Si vous aviez vu comme l’œil de Bokel pétillait d’une malice contenue quand il posa ses vastes... charmes dans le fauteuil, qui, du reste, fit entendre un craquement, vous auriez immédiatement deviné qu’il y avait préméditation chez le gros madré et qu’il éprouvait la satisfaction intime d’un homme arrivé à ses fins.

—Deux cent quarante-cinq livres, annonça la vieille femme d’une voix pleine d’admiration respectueuse.

—A vous, jeune homme, dit Bokel après s’être dégagé avec effort du fauteuil où ses formes s’étaient trop exactement emboîtées.

—Oh! après vous, ce serait fatuité de ma part, répondit Timoléon avec une fausse modestie.

—Ta, ta, ta, fit le tailleur en poussant le récalcitrant sur le fauteuil.

Quoiqu’il eût le sourire aux lèvres, le cœur battait ferme à Bokel pendant que la vielle femme interrogeait le cadran de son appareil.

—Il doit peser dans les quatre-vingts livres... Ce serait trop demander au ciel que de souhaiter soixante-quinze livres... car il a les os forts, trop forts même, se disait le tailleur avec angoisse.

Quant à Timoléon, que le fauteuil, qui avait gémi pour Bokel, balançait avec un doux mouvement d’escarpolette, il se prêtait à la chose avec cette complaisance qu’on doit aux fantaisies d’un tailleur qui donne des notes acquittées, glisse des billets de mille francs et offre un dîner à ses clients véreux.