—Oh! mon mari, mon mari... il faut d’abord qu’il me plaise, répondit Paméla, peu décidée par la perspective des millions. Disons, pour l’excuser, qu’elle était à cet âge heureux et bête où l’on n’est pas encore persuadé que, si la fortune n’est pas le bonheur, elle lui ressemble diantrement, car la sagesse des nations a prouvé qu’il est plus agréable de se contenter de tout que de peu.
Mais, dans son cœur qu’elle prétendait encore fermé à Polac, il s’était glissé, à l’insu de Paméla, ce sentiment de pitié, dont nous avons parlé, qui la fit s’écrier:
—S’il n’a pas mangé depuis deux jours, il faut, bien vite, faire servir la soupe.
Et, suivie de son père, elle rentra dans la pièce où attendait Polac, qui, pour prendre son mal en patience, s’était retracé tous les charmes de Paméla en se disant:
—Vous offrir sa fille quand on est sur une balance, ce n’est pas sérieux... Et, vraiment, c’est dommage, car elle est séduisante, cette brunette.
Père et fille venaient à peine de faire leur apparition qu’une autre porte s’ouvrit pour laisser passer la tête de Gertrude, qui, suivant sa façon d’annoncer que le potage était servi, prononça ces mots:
—Mademoiselle est dans les assiettes.
—Je montre le chemin, dit Paméla en se dirigeant vers la salle à manger.
Bokel retint Timoléon, qui allait suivre la jeune fille et lui souffla vite à l’oreille:
—Vous savez? je vous ai prévenu. Méfiez-vous du piége. Ne mangez pas trop.