C’était Filandru, qui continuait sa sotte plaisanterie.
Et comme il n’est si stupide farce qui ne rencontre des rieurs, une dizaine de marins, qui flânaient là, se mirent à répéter en chœur:
—Oh! le bon nanan!
Que voulez-vous? ces joyeux lurons n’avaient pas été élevés sur les genoux des duchesses. Leur genre d’esprit n’avait aucun rapport avec celui de M. de Talleyrand. Ils trouvaient à rire de cette ineptie au gros sel, et ils s’en donnaient à cœur joie, sans la moindre méchanceté. Bokel n’aurait pas commis la bêtise de s’en fâcher que, le lendemain, un autre passager serait devenu le plastron de Filandru.
Donc, pendant qu’il était en train d’être bête, le gros homme ne le fut pas à demi. Il se redressa la tête de trois quarts, à la Mirabeau, et avec une moue, de mépris il lança ces mots superbes:
—Arrière, engeance!
Seulement, tout en commandant: arrière! il reculait pour regagner l’entre-pont, poursuivi par les huées des marins qui se tordaient de joie.
C’était à croire, de prime-abord, que la Providence ne lui souriait plus. Il n’en était rien, pourtant. Elle lui ménageait, au contraire, une charmante compensation. A peine Bokel était-il rentré sous le pont qu’il aperçut son gendre, pâle et défait, vacillant sur ses jambes et les bras étendus en homme qui cherche un point d’appui.
—A moi, papa! se mit à crier Paméla, qui, trop faible pour soutenir son mari, le suivait dans ses mouvements de valse.
Du premier coup d’œil, Bokel comprit tout. En une seconde, il fut près de Timoléon, et d’une voix frémissante de joie, il bégaya: