—Mes excuses, mon gendre, mes plus sincères excuses d’avoir douté de vous un moment. Vous êtes homme de parole.
Et, tout en parlant, il poussait l’homme de parole vers son hamac, sur lequel Timoléon se laissa tomber comme une masse en murmurant:
—Décidément la mer ne me réussit pas.
IX
A peine la Méduse était-elle arrivée au large que le temps avait changé. Du 17 an 29 juin, il se maintint si mauvais que les quatre bâtiments, qui auraient dû naviguer de conserve, furent obligés de se séparer. La Loire d’abord, puis l’Argus restèrent en arrière, incapables qu’ils étaient de suivre la marche supérieure de la Méduse, Pendant deux jours, en forçant de voiles, l’Echo se maintint en vue. Mais il lui fallut aussi renoncer à la lutte.
La Méduse poursuivit, sa course jusqu’à la l’île de Ténériffe, devant laquelle elle se mit à louvoyer pendant douze heures, pour permettre aux conserves de rejoindre. L’Echo seul se présenta.
Le 30 juin, la Méduse reprit le large.
—Tout va bien, nous approchons; se disait Bokel, qui, beaucoup par crainte de rencontrer Filandru en montant sur le pont, ne s’éloignait pas du hamac de son gendre, auquel, suivant son expression, rien ne réussissait, pas plus le roulis que le tangage, ou les aliments glissés par Paméla en cachette de son père.
Dumouchet, ainsi qu’il l’avait annoncé, se portait comme un charme. L’air de la mer lui creusait l’estomac au point que, grâce aux générosités du Père la Méduse, le maître-cambusier, il ne se présentait plus devant Bokel que toujours bâfrant à pleine bouche.
—Il prend du ventre! se disait le tailleur doucement réjoui et faisant bonne mine au cousin de son gendre, car c’était par lui qu’il avait des nouvelles de ce qui se passait sur le pont.