—Vous dites donc que madame Poliveau a quitté le domicile conjugal.

Une pile électrique n’aurait pas mieux secoué Mathurin que cette phrase. Il se redressa plus ferme qu’un ressort d’acier, la face empreinte de cette surprise que peut causer une chose phénoménale, et d’une voix vibrante:

—Quitté!!! s’écria-t-il, et pourquoi l’aurait-elle quitté? Elle qui ne pouvait vivre à plus d’une toise de moi sans souffrir, tant elle m’adorait! Pauvre fleur qui s’étiolait dès que je ne la réchauffais pas de mes baisers! L’eau est moins nécessaire aux poissons que l’air que Clarisse respirait près de moi!... Quitté le domicile conjugal! dites-vous?... Oh! non, il a fallu une infâme violence pour l’arracher à ces lieux où tout lui parlait de son époux...

—Est-il idiot? Est-il fou? se demanda le commissaire.

Et, pour décider la question, il reprit à haute voix:

—Votre femme est-elle petite ou grande, brune ou blonde?

—Je n’en sais rien, dit tranquillement Mathurin Poliveau.

Cette fois ce fut au tour du commissaire d’être surpris.

—Comment! s’écria-t-il, au bout de huit mois de mariage, vous ne savez pas encore comment était votre femme!

—Non... puisque je ne l’ai jamais vue, répondit Mathurin.