—Donnez-moi donc quelques détails sur la séance à la mairie.

—Que puis-je vous conter de particulier! Rien, ma foi! Le maire, qui parlait du nez avec un accent alsacien, nous a lu les articles du Code, puis il a adressé quelques conseils à Clarisse. «Soyez bonne femme de ménage, a-t-il dit; ayez de l’ordre, toujours de l’ordre; l’ordre de la femme est une richesse qu’elle apporte au mari. Que vos armoires, vos meubles, vos placards soient toujours bien en ordre. Ne laissez pas un coin sans l’épousseter. Rangez, rangez toujours... Visitez sans cesse et partout... Avec une femme qui ne visite rien, la poussière et l’humidité ruinent plus vite un mari que les spéculations de Bourse.» Voilà, en substance, ce que le maire a daigné dire à Clarisse.

—Très-bien! très-bien! fit le commissaire, auquel son instinct de policier venait de révéler que, sous cette allocution stupide, la tête de l’anguille commençait à montrer son museau.

Cependant Poliveau avait continué:

—En sortant de la mairie, après avoir été quittés par l’oncle Canivel et les deux dignitaires Turcs, nous allâmes, ma belle-mère, ma femme, Touriquet et moi, faire un déjeuner-dînatoire à l’hôtel Nubadar, où, cette fois encore, je donnai cent autres francs pour que les serviteurs de ma belle-mère pussent boire à mon heureuse union.

M. O*** avait pointé sur l’oncle Canivel, qui lui paraissait suspect en diable, il avait hâte de le voir à l’œuvre.

Aussi, ne laissant pas, à propos de ce mariage à la mairie dont il ne croyait pas un traître mot, son conteur battre longtemps les buissons, il coupa vite au court en disant en forme de résumé:

—Bon! vous voilà marié; votre déménagement de la rue Cassette à la rue Richer est fait; un omnibus a écrasé votre belle-mère; Touriquet a reçu sa bombe; voilà qui est convenu... Maintenant, continuez votre récit à deux mois du mariage, en pleine félicité conjugale... Parlez-moi de l’oncle Canivel avec lequel vous ne m’avez pas fait faire encore connaissance.

—Oui, oui... ce bon vieillard si étrangement disparu...

—Ah! c’était donc un vieillard?