—Non, pas encore; il me reste à vous faire une dernière et très-sérieuse recommandation. Cet homme vous croit sans doute encore aveugle, jouez donc l’aveugle, quoi qu’il arrive... Lui apprendre ou lui laisser découvrir que vous voyez clair serait lui donner l’éveil, le pousser à quelque brutalité ou lui faire donner un signal d’alarme aux brigands qui ont séquestré votre oncle vénéré.

Après ces instructions qui n’avaient d’autre but que de bien dégager la route pour pouvoir surprendre les coupables, le commissaire ajouta:

—Maintenant, sonnez.

La porte s’ouvrit et Poliveau, suivi par M. O*** et les deux sergents de ville qui marchaient sur la pointe du pied, s’avança dans un assez long, mais étroit vestibule, parfaitement obscur, car, à cette heure, le gaz était éteint.

—Prenez garde... voici les deux marches... Hein! vous les avais-je annoncées! souffla Poliveau à l’oreille du commissaire.

—Chut! chut! fit ce dernier, allez de l’avant, ne vous occupez pas de nous... et surtout n’oubliez pas votre rôle d’aveugle.

Puis il poussa Mathurin.

Il était temps, car le concierge, en costume de nuit, venait de sortir de sa loge, tenant une bougie dont la lumière ne put dissiper que l’obscurité d’un tiers du vestibule.

Et il se mit à dire:

—Est-ce vous qui rentrez, mademoiselle Léontine?... Dépêchez-vous de monter, car ils se battent encore là-haut comme des enragés.