En arrivant à la porte de l’atelier, le concierge n’avait pas perdu un mot de la phrase, et sa figure exprimait une reconnaissante satisfaction.

—Ah! Calurin, dit Ernest, si tu étais arrivé dix secondes plus tôt, tu entendais monsieur faire l’éloge de la propreté de la maison.

Le pipelet salua Borax avec empressement.

—Oui, monsieur Calurin, je complimentais mes amis sur la bonne tenue de la maison qui vous a confié ses destinées.

L’air de contentement du portier disparut tout à coup sous une pensée triste qui venait sans doute de lui arriver, et il répondit, en poussant un soupir douloureux:

—Oui, elle est bien tenue... car j’ai malheureusement trop de temps pour m’en occuper. Vous voyez devant vous, monsieur, un exilé... un malheureux exilé... chassé de son foyer domestique.

—Tiens, c’est vrai, s’écria Ernest, conte donc tes infortunes à monsieur, qui ne les connaît pas; il a beaucoup voyagé, et son ami le roi de l’Inde lui aura sans doute donné une poudre qui te serait utile.

—Quoi! monsieur est ami du roi de l’Inde!

—Oui, les deux doigts de la main ne sont pas mieux liés l’un à l’autre. Il faudra même que je lui parle de vous pour son château de Calcutta dont le concierge vient de se retirer avec quinze mille livres de rente, gagnées en deux ans. Mais avant, monsieur Calurin, contez-moi d’abord votre malheur.

—Mon malheur résulte de mon trop de bonheur.