—C’est que je suis très-mal assise. Il y a une grosse bosse dans mon fauteuil, de sorte que, quand je veux me redresser, j’ai une... joue qui porte à faux.

Quant à Ribolard, qui prêche les bonnes manières à son épouse, il se tient pour ainsi dire le ventre sur l’appui en velours du balcon, le corps à demi penché en dehors et fouillant du regard le public de l’orchestre pour tâcher de découvrir le noble duc de Croustaflor et son neveu.

En dessous de lui se trouvent les claqueurs du parterre qui, en voyant ce monsieur suspendu sur leurs têtes, commencent à manifester des inquiétudes d’autant plus sérieuses que le nez du vermicellier ému fait entendre un bruyant gloc gloc qu’ils prennent pour un hoquet.

—Est-ce que son dîner lui fait mal? murmurent-ils ça sera du propre quand il va être secoué par la grande scène entre Machanette et madame Laurent. Justement nous l’avons au-dessus de nous! il faut aller reprendre nos parapluies au vestiaire pour le moment de l’averse.

—Eh! là haut! rentrez donc votre pochard! crie un de ces messieurs.

—Tapez-lui dans le dos, ça tue le hoquet, ajoute un autre.

Mais Ribolard ne remarque pas l’orage qui gronde à ses pieds. Il est dévoré par l’impatience de connaître les illustres amis de Paméla, et bientôt il souffle à sa femme:

—Cunégonde, trouve donc une phrase ingénieuse pour demander à mademoiselle de Veausalé, sans donner de soupçons à Virginie, si ces messieurs sont arrivés.

Madame Ribolard se creuse la cervelle pour trouver la phrase ingénieuse, puis, elle murmure à sa fille:

—Ma bichette, prie donc de ma part mademoiselle de Veausalé de te dire si la viande est dans la marmite.