Sur la plage, près de rentrer, rencontré les fils du kaïd, tous sur des mules. L'aîné, son burnous bleu foncé; haïjck à peu près comme notre soldat, mais bien propre; cafetan jaune serin. Un des jeunes enfants tout en blanc, avec une espèce de cordon qui suspendait probablement une arme.

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30 janvier.—Visite au consul anglais et suédois. Le jardin de M. de Laporte[168]. Tombeau dans la campagne.

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31 janvier.—Dessiné le Maure du consul sarde.—Pluie.—En allant chez le consul anglais, remarqué un marchand assez propre dans sa boutique; le plancher et le tour garnis de nattes blanches avec des pots et marchandises seulement d'un côté.


[161] Delacroix fit ce voyage au Maroc en compagnie du comte de Mornay, ambassadeur de France près l'empereur Muley-Abd-Ehr-Rhaman. Dans sa correspondance, il décrit ainsi son arrivée à Tanger: «A neuf heures, nous avons jeté l'ancre devant Tanger. J'ai joui avec bien du plaisir de l'aspect de cette ville africaine. C'a été bien autre chose, quand, après les signaux d'usage, le consul est arrivé à bord dans un canot qui était monté par une vingtaine de marabouts noirs, jaunes, verts, qui se sont mis à grimper comme des chats dans tout le bâtiment et ont osé se mêler à nous. Je ne pouvais détacher mes yeux de ces singuliers visiteurs.» (Corresp., t. I, p. 173.)

[162] Il nous paraît indispensable, pour expliquer le décousu de ces notes rapides sur le Maroc, d'indiquer de quelle manière Delacroix les prenait. Le petit cahier dans lequel elles se trouvent et qui fut légué à M. le professeur Charcot par M. Burty, contient, en regard de presque toutes, des croquis et des esquisses qui en sont pour ainsi dire l'illustration, si bien qu'elles forment un tout en quelque sorte inséparable.

Le soin minutieux avec lequel Delacroix note les moindres détails du voyage, costumes, paysages, physionomies, attitudes, montre à quel degré l'artiste poussait cet esprit d'observation pénétrante qu'on retrouve dans son œuvre.