La cire m'a beaucoup servi pour cette figure, afin de faire sécher promptement et revenir à chaque instant sur la forme. Le vernis copal peut remplir cet objet; on pourrait y mêler de la cire.

Ce qui donne tant de finesse et d'éclat à la peinture sur papier blanc, c'est sans doute cette transparence qui tient à la nature essentiellement blanche du papier... L'éclat des Van Eyck et ensuite de Rubens tient beaucoup sans doute au blanc de leurs panneaux.

Il est probable que les premiers Vénitiens peignirent sur des fonds très blancs; leurs chairs brunes ne semblent que de simples glacis laqueux sur un fond qui transparait toujours. Ainsi, non seulement les chairs, mais les fonds, les terrains, les arbres, sont glacés sur fond blanc, dans les premiers flamands, par exemple. Se rappeler dans la Nymphe endormie[386] que j'ai commencée ces jours-ci, et à laquelle j'ai travaillé devant Soulier et Pierret, aujourd'hui dimanche, quel a été l'effet du rocher, derrière la figure et le terrain, ainsi que le fond de forêt, après que je l'eus glacé de laques jaunes et de vert malachite, etc., sur une préparation blanche que j'avais remise sur l'ancien affreux rocher de terre d'ombre, etc.

Dans les anciens tableaux flamands sur panneaux et faits de la sorte en glacis, l'aspect roussâtre est manifeste. La difficulté consiste donc à trouver une convenable compensation de gris, pour balancer le jaunissement et l'ardent des teintes.

J'avais eu une idée de tout cela dans l'esquisse que j'ai faite, il y a quelque dix ans, de Femmes enlevées par des hommes à cheval,[387] d'après une estampe de Rubens; comme elles sont, il n'y manque que quelque gris. Il n'est même pas possible que les fonds, les draperies ne participent entièrement à l'exécution des chairs, quand on les exécute par glacis sur des fonds blancs. Le disparate est insupportable d'une autre manière. Il me semblait, après avoir modelé cette Nymphe avec du blanc pur, que le fond qui était derrière, fond de rochers faits avec des tons opaques comme dans une peinture ébauchée dans le système de la demi-teinte locale, n'était pas le fond qui convenait, mais qu'il fallait un ton clair de draperies ou de murailles: j'ai donc couvert de blanc ce rocher; et quand ensuite je me suis avisé d'en faire un autre rocher avec des tons aussi transparents que possible, la chair a pu s'accorder avec cet accessoire; mais il m'a fallu repeindre de même la draperie, le terrain et le fond de forêt.

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6 octobre.—La Desdémone, la Femme à la rivière, la Lélia[388] feront mieux ainsi (en petite dimension). Quant aux autres, la plus grande dimension sera le mieux.

—Le charme particulier de l'aquarelle, auprès de laquelle toute peinture à l'huile paraît toujours rousse et pisseuse, tient à cette transparence continuelle du papier; la preuve, c'est qu'elle perd de cette qualité quand on gouache quelque peu; elle la perd entièrement dans une gouache. Les peintures flamandes primitives ont beaucoup de ce charme: l'emploi de l'essence y contribue en éloignant l'huile.

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8 octobre.—Se rappeler l'impression d'un tableau de Jacquand [389], que j'ai vu un de ces jours à côté d'un tableau de Diaz, chez Durand-Ruel. Dans le premier, l'imitation minutieuse d'après nature des moindres objets, sécheresse, gaucherie; dans l'autre, où tout est sorti de l'imagination du peintre, mais où les souvenirs sont fidèles, la vie, la grâce, l'abondance.